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On est partis !


MARDI 16-SAMEDI 20 AOÛT :


Pêle mêle :

L’océan Indien, la montagne qu’on sent énorme, toute verte, des oiseaux à tête rouge qui picorent dans notre jardin ou dans la cuisine, les voitures, partout des voitures, à croire que chaque Réunionnais en a trois, la pluie le soir, tiède, les convois incessant de canne à sucre (c’est la saison, on les transporte jusqu’à la pesée dans des camions immenses qu’on appelle ici des cachalots), les manguiers en fleurs, les arbres à litchis, un temple Tamoul éclairé dans la nuit. Et surtout du piment, du piment, du piment !…

Ça pour les choses, pour les gens, c’est autre chose : le sourire de Géraldine inimitable, la maison de Rieul pleine d’éléphants, maison ouverte où tous les amis passent, Alain, Patrick, Michel, tous plus gentils les uns que les autres, les boudins au poulet de madame Latchoumi ! Marcelly qu’il faut empêcher de travailler. Les peintres et les sculpteurs Indiens de l’atelier voisin qui préparent la fête de la lumière (ils nous offrent le café, on leur apporte des pâtés de poisson, normal, on se comprend en anglais de cuisine). Et surtout du piment, du piment, du piment !

A part ça, les services municipaux ici ne nous changent pas de la plupart qu’on rencontre en métropole, comprenne qui voudra !

Et dire que pendant ces 5 premiers jours, on n’est quasiment pas sortis de l’atelier ! On a déjà vu tant de choses, rencontrés tant de gens.

D’ailleurs, les gradins et la roulotte se montent plus vite qu’on pensait. Quand elle ne visse pas, Patou prépare le contrat de l’hémisphère nord dans l’hémisphère sud.

Aujourd’hui, ni menuiserie ni soudure. On part à l’ouest, visiter les lieux où on jouera dans un mois. On en profitera pour manger du poisson aux Avirons.

La route de la montagne nous fait envie. On passera par l’intérieur de l’île.


DIMANCHE 21 :


Comme un vrai dimanche.

Un carnet de voyage a quelque chose de dérisoire. À moins de s’appeler Marco Polo ou Nicolas Bouvier, ou Levi-Strauss, tout y semble vain et fade. Mais bon, on s’est quand même baigné dans l’Océan Indien. Sur une plage où se mélangeaient le sable, le basalte et le corail mort. Devant nous, au bout du lagon, une barrière de rouleau de quatre ou cinq mètres. Gilles a bien fait de ne pas se baigner de l’été à Marseille. L’Océan Indien, c’est plus chic !

Avant, on avait comme promis traversé l’île par la terre. Quelle montagne ! D’un côté, on dirait les cirques déchiquetés du Queyras ou de Gavarnie, mais couverts de forêt jusqu’au sommet, et puis en redescendant vers le sud (mais ici, le sud, c’est le nord !), imaginez plutôt le massif central, avec ses monts tout ronds, ses vaches et sa pierre noire, mais pleins de palmiers. Et puis juste avant la mer, un peu d’Andalousie. Enfin, ces comparaisons sont idiotes, ça ressemble à la Réunion, un point, c’est tout.

Ici, au bord des routes de montagne, les autels et les reliquaires chrétiens sont peints en rouge sang !

Par contre, on s’est bien demandé dans quel Saint-Tropez on était tombé en remontant par la côte nord-ouest ! Ici, plus de Réunion ! Rien à dire, en quelques jours, on s’est déjà attaché à notre côte Est sans touristes, et qui ne ressemble qu’à elle-même.



LUNDI 22 :


Ici, ce n’est pas l’altérité complète d’un pays dont ont ne connaît pas la langue, ni l’étrangeté énorme de l’Afrique, ici, c’est une altérité douce. On ne comprend pas mieux pour autant, au contraire. « En étrange pays dans mon pays lui-même… », comme disait l’autre. Tout est pareil et pas pareil.

Ici, les montagnes portent le nom d’esclaves renégats, les directeurs de théâtre peuvent marcher pieds nus dans la rue, ici, il y a des cybercases.

Mais étrangement, ce n’est peut-être pas la case qui nous étonne le plus, c’est le cyber. On est ailleurs, et naïvement on s’attendait au dissemblable… et c’est l’identique qui nous déconcerte le plus.

Il y a de toute façon, en même temps que la gentillesse accueillante qui nous entourent, des connaissances et des compréhensions auxquelles nous ne sommes pas invités. Alors, se garder du complexe européen qui se sent exclu des mystères. Se garder aussi de vouloir tout comprendre…



MARDI 23 :


En allant travailler ce matin vers 5 heures 30, une envie irrésistible de sortir de la route et d’aller vers les montagnes. On a résisté. C’est le premier jour où les sommets n’étaient pas dans les nuages au matin.

C’est le premier jour d’école aussi. On habite près de la cité scolaire et devant le lycée, les baraques à sandwiches et à sodas font ressembler l’avenue à une allée de fête foraine.

À l’atelier, Arsène a amené les boudins maison, pour le casse croûte de 9 heures.

On a trouvé la bâche : le toit de la roulotte sera rouge vif.

Le soir chez Rosange et Rieul, Péranjali fait ses devoirs d’anglais. Ses premiers devoirs d’élève de 6ème.



MERCREDI 24 :


Les plus belles photos que Patou aurait pu faire, vous ne les verrez pas.

Les sculpteurs indiens qui travaillent à côté font des merveilles avec du plâtre, mais ce Ganesh qui naissait hier, pas encore recouvert de stuc, c’était si beau. Juste un squelette de bois, des morceaux de bois misérables, assemblés sauvagement… Ce petit Dieu éléphant qu’on imaginait dans cette composition rapide, c’était si beau. Un dieu pauvre…

On a demandé si on pouvait le photographier avant qu’ils ne le recouvrent de sa chair de plâtre, ils n’avaient pas envie. Peut-être ne voulaient-ils pas qu’on voit Ganesh dans son simple appareil, peut-être cette construction hâtive était-elle secrète, on ne sait pas. Mais peut-être aussi avaient-ils raison…

En tout cas, la plus belle photo qu’aurait pu faire Patou aujourd’hui, vous ne la verrez pas.

Au fait, savez-vous que ces gens formidables qui nous font venir ont un site ? La dizaine de salles qui travaillent ensemble dans l'île s'appellent en commun le Reso.



JEUDI 24


Notre seule relation avec la nature depuis qu’on s’enferme la journée à l’atelier, c’est les 15 kilomètres qu’on fait en voiture le matin à 6 heures.

Le jour se lève. Ce matin sur la montagne, on « voit » la pluie. Des grands rideaux de pluies qui tombent sur le vert de la montagne. Il y a aussi une barre de lumière rose horizontale que le soleil fait entre deux nuages et un arc en ciel tronqué.

On ouvre les yeux très grands !


VENDREDI 25 : le soir.


Champagne !

Alors on l’aura fait. En 8 jours et demi, on aura construit une roulotte et un gradin.

On doit vous avouer qu’on est très heureux, voire fiers !

La semaine prochaine, promis, d’autres photos que celles de l’atelier et de nos bricolages.

Demain rangement, et zou ! Crêpes indiennes chez les Latchoumi !

Incroyable, dimanche on ne fait rien ! Même pas de charrette, de nuit blanche pour finir à temps !


LUNDI 29


Hier, on s’est mis au vert. Il paraît que les eskimos ont 23 mots différents pour désigner la neige, selon son aspect, sa consistance, son utilité… Ça devrait être pareil pour le vert ici.

Petites marches dans les montagnes crépues, à Salazie et Takamaka.

On s’est fait la réflexion en même temps : d’habitude, la rencontre que chacun d’entre nous a fait avec une nature singulière s’est vécue en Afrique. Pour une fois, ici, on n’est pas à la fois au milieu d’un pays beau à couper le souffle et à la fois étranglé par la misère.

C’est difficile de se dire ça. Ça allume des sentiments contradictoire.

Le soir, Robin nous invite à manger. C’est le directeur u Théâtre des Bambous, à Saint Benoît. On ne le connaît pas beaucoup, mais on devine à la fois un homme inquiet et gentil. C’est bien !

Il a plu toute la nuit. Ce matin, on passe en voiture entre les champs de canne à sucre. Ils brillent.


LUNDI 29, le soir


La roulotte est de sortie. Le convoi qui l'amène n'a que deux pneus crevés. Sur 6, c'est une bonne moyenne. Ca ne nous empêchera pas d'avancer.

Elle sort au soleil, mais comme depuis 3 jours le temps change toutes les 4 minutes 30, on la pose devant une mer grosse et grise.

premier montage du gradin, les gars sont fiers. On frémit !


MERCREDI 31, tard.


On sort d'une étrange guinguette. Pour beaucoup, l'invitation, on le voit à leur tête inquiète ("A-t-on vu que j'étais là ?"), sonne plutôt comme une convocation.

Vu comme ça, l'apéro informel de la guinguette n'a plus de sens et sonne faux. Il faut du temps pour que les gens se rendent compte que ce qui se passe devant eux n'est pas ce qu'ils attentaient, mais les retient.

De notre côté, c'est le premier duo de Gilles et Patou. Alors, c'est bien quand même. C'est pourtant vrai qu'ils n'étaient jamais montés sur scène ensemble ! On le refera, promis !

Une petite fille est tombée amoureuse de Patou : "-Tu chantes bien. Je voudrais chanter comme toi. -Merci. -Elles sont belles tes bagues ! C'est des diamants. -Et non, ce sont des faux. -... Moi, je crois quand même que celui là, c'est un vrai diamant."

Et première des premières....... Philippe a chanté devant 200 personnes, dans un micro pour lui tout seul !!!


VENDREDI 2.


Hier, c'était la 183ème. dans le vent et les vagues.

La première au milieu de l'Océan Indien.

Les moustaches de la Nuit des Rois se voient moins sur la peau plus sombre, mais les rires ont le même goût.

Un petit garçon dit à ses parents pendant la secondee tétralogie : -"Si ça continue, il va me faire pleurer."

Ce soir, les filles de la bibliothèque font le punch. Attention au décollage.


SAMEDI 3.


Ici, à l'est de l'île, le dessus de la mer est vide. Pas un bateau, pas un baigneur. Rien.

Parfois, au milieu de ces gens gentils qui nous entourent, on croise le rescapé d'un colonialisme ancien, arrogant et mauvais. Il s'ennuie, il n'aime personne. Il est né beaucoup trop tard. En plus, comme il ne peut plus exprimer impunément son mépris et sa suffisance, on sent plus qu'on sait sa méchanceté. Mais son amertume est si palpable... On s'éloigne très rapidement.

Hier soir, la représentation était belle. Sous le chapiteau, ça grouillait de vie. A lutter contre le vent, Gilles n'a plus de voix.

On ne vous parle pas du punch-coco, vous prendriez illico, l'avion pour boire les fonds de verre


LUNDI 5, Cap sur Saint-Benoit.


De surprise en surprise... Après avoir divisé le temps de démontage par 2, on vient de muliplier le temps de chargement et de transport par 13.

Le convoi de la mort qui tue est parti sur les routes.

Philippe est rouge, de fatigue et de colère calmée. On finit par rire de ce tracteur minuscule qui pisse l'huile et l'eau par la culasse en patinant sur la rampe d'accès, de la grue coincée qui fait un bruit de renard pris au piège, du camion qui monte très très très lentement en pression

15 heures. On y est. A Saint-Benoit. Au coeur de la cité Fragrance.

Des têtes derrière les fenêtres, 2 ou 3 personnes qui s'approchent. Il va falloir faire le lent travail du petit prince avec la rose.


JEUDI 8, le soir.


Alors, nous voilà à Saint-Benoit. À Saint-Benoit, il y a 40% de chômeurs, on appréhende un peu. Qu’est-ce qui peut se passer dans cette cité ?

Dans les cités, il y a beaucoup d’enfants gais et beaucoup d’adultes tristes. On se demande si c’est ça qui les attend, aux petits, d’être peu à peu rattrapés par la lassitude.

Les gosses se sont approchés timidement. Le service de gardiennage, assurés par des jeunes gens de la cité, n’y est pas pour rien. Ils font le premier lien.

Mercredi soir, première guinguette. Des gosses, des gosses, des gosses. On change notre fusil d’épaule, on chante la valse des claques, on raconte Shakespeare comme des histoires pour s’endormir.

Timidement, quelques mamans se sont approchées. On les invite tous dans la tente.

Dehors, une association de quartiers a fait des ravages (les « ravages », ici, ce sont des amuse-gueule), razzia sur les ravages à la sortie du chapiteau !

En entrant dans la cité, on se l’est dit tout de suite : Même si ça se passe bien, et même très bien, ce n’est pas Shakespeare qu’il fallait venir jouer ici, c’est la guerre des boutons. Trop de gosses à qui il va falloir dire non. Trop de mères qui ne viendront pas parce qu’elles ne peuvent pas emmener leur marmaille (inutile de demander au père de les garder).

En se posant ici, on crée de la frustration, c’est dommage.

Pourtant, on sent que la semaine sera belle !

Lucien est notre nouvel ami, il passe tout le temps. Il est en 5ème et il s’est pris d’amitié pour Patou. Elle aussi s’est prise de tendresse pour ce super enfant. Il lui a offert un coquillage énorme, cadeau énorme.

Dès qu’il a du temps, Lucien vient nous voir. On a déjà le regret du dimanche, quand il faudra partir.

Il viendra voir le spectacle samedi.

Cet après-midi, représentation scolaire. Gilles l’attend avec impatience, il pressent du bonheur.

Quatre heures après, le pressentiment était juste. Quelle représentation ! C’est vraiment à des moments comme ça qu’on voit que le spectacle se fait à tous. Gilles remercie ses spectateurs, et ce n’est pas par politesse.

C’est Lucien qui a ouvert le chapiteau pour la sortie.

Le soir, pour fêter cette journée, pieds de porc au vin blanc à l’auberge créole. Merci du conseil à Robin.


SAMEDI 10, matin " Dix-mille tonnes de nègres ".


On ne peut pas venir ici sans penser en permanence à l’esclavage.
Mais on n’aura pas l’outrecuidance d’en parler dans un journal de voyage, en quelques mots. Seulement se demander quel poids les chaînes de l’esclavage ont ajouté à la terre.

Il semble bien que la planète ait été défiguré durablement, peut-être même irréversiblement, par la traite des noirs.
Sans doute l’organisation, ou plutôt la désorganisation fondamentale du monde, se fonde en partie sur cette plaie ouverte.

C’est cette notion d’irréparable qui nous étreint. D’autant qu’elle est dans l’air (sans vouloir faire de mauvais jeu de mots), et que par exemple, les atteintes aux climats d’aujourd’hui, menacent les hommes d’un autre processus, lui aussi irréparable.

Il semble bien que pour des raisons principalement économiques (tiens, ça rappelle quelque chose !), on ait fait subir à l’humanité des dégâts irrémédiables. Depuis, nous posons des bandages sur cette blessure pour en calmer la douleur.


SAMEDI 10, toujours.


Ici, il y a quelque chose de très reposant pour qui vient de Marseille, voire de France, voire d’ailleurs.

C’est, plus que ce « melting pot », ce joyeux mélange d’Africains, d’Indien, de Chinois, d’Européens, qui est déjà en soi réjouissant, c’est que personne ne peut se targuer d’avoir plus droit à être ici qu’un autre.

Bien sûr, c’est un peu plus compliqué, et la nouvelle immigration maoré suscite quelques réflexes de rejet, (on peut aussi se promener dans la rue et se faire traiter de sale z'oreilles, les z'oreilles étant les européens fraichement arrivés et tendent les oreilles pour comprendre le créole) mais grosso-modo, on ne sent personne ici revendiquer la préséance du sol.

Ouf ! Dire que ça fait du bien, c’est peu de choses. À force d’entendre des « vrais marseillais », des « vrais français », des « vrais européens », des « vrais ivoiriens »…, tolérer la présence de ceux qu’ils considèrent, avec patience ou violence, mépris ou résignation, comme des usurpateurs, on oublie qu’il y a des endroits comme ici, des « oasis », où chacun concède le même droit à autrui qu’il a lui-même d’être ici. Ce n’est d’ailleurs plus un droit (la notion disparaît), c’est juste un fait.

Oui, vraiment, ouf !


Ah oui, on ne vous a pas dit, juste pour vous faire sourire.

Dimanche dernier, pour la dernière à Saint André, beaucoup avaient emmené des enfants en bas âge. Ils s’étaient sans doute dit que Gilles pourrait les garder pendant 3 heures.

C’est là qu’au milieu de Richard II (vous vous rappelez, le violon et la couronne, le petit roi désespéré, les sanglot), une maman emmenant son fils faire pipi ne trouve plus la porte du chapiteau, et demande tout haut à Gilles en pleurs qui dit : « Je ne suis pas votre seigneur! Je ne suis le seigneur de personne ! Je n’ai pas de nom ! » — « C’est où la sortie ? ».
Gilles lui dit, il essaie de reprendre, elle lui dit « Merci. »
Gilles abandonne Richard II, il passe à la suite. La femme revient avec son fils, désolée, elle dit bien fort : « Pardon ! » et remonte à sa place, tout en haut.

Étonnant, non ?


DIMANCHE 11.


Et voilà, on s'en va de Saint Benoit. Le coeur gros.

On le savait. On savait qu'ici, les liens naîtraient timidement, on savait qu'une semaine ne suffirait pas.

On sait que c'est maintenant qu'il faudrait rester, que les gosses, en revenant des fois 2 ou 3 fois au spectacle, ont attisé la curiosité de quelques parents. Que les adultes commencent à avoir envie de venir.

Certains s'approchent, maintenant. Etonnés. "Je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais à la maison, il n'arrête pas de vous imiter."

On sait qu'on est tout près de se faire des amis, des connaissances.

Et voilà, on s'en va. On a le coeur gos.


LUNDI 12, odyssée immobile.


Un vent d’épopée souffle sur Fragrance.

Alrs qu’on les attends de pieds fermes depuis 9h30, qu’on ait passé des coups de fils multiples, qu’ils aient répondu vers 10 heures qu’ils arrivaient tout de suite, Les transporteurs arrivent vers 13 heures avec leur camion jaune et le tracteur lilliputien.
N’écoutant pas nos conseils de prudence, ils commencent par s’embourber dans l’herbe mouillée. Il est 13h15.
Tout en essayant savamment de se sortir de là, ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas pris la célèbre manille qui permet d’accrocher la roulotte au tracteur. On se met en quête d’une manille. Eux aussi, apparemment. Il est 14 heures.
On s’aperçoit soudain, qu’en fait, oubliant leur retard et surtout, celui qu’ils nous font prendre, il sont allés manger.
La révolte gronde.
Vers 15 heures, les revoilà. Ils vont mieux. Le camion est péniblement désembourbé. Vers 15h30, joie, joie, pleurs de joie ! La manille est trouvée. On attelle. Horreur, ce n’est pas la bonne taille et elle ne passe pas dans l’attache du tracteur.
On bricole et tant bien que mal, la roulotte est derrière le tracteur, menaçante. On dirait une grosse bonne femme et son mari minuscule.
Commence alors l’épisode de la marche arrière. Monter la roulotte sur le camion n’est pas une mince affaire. Ça couine, ça s’y reprend à 15 fois.
17 heures, calmement, mais fermement, on demande à ces branquignols de repartir. On se débrouillera sans eux.

Le plus triste, c’est le désespoir de Linda et de Rieul. On sent qu’ils ne voudraient pas qu’on puisse confondre leur île avec ces charlatans. Rassurez-vous, les amis. Pas de danger de confusion. On rencontre ici trop de gens formidables pour se laissez aveugler par 3 pieds nickelés.

D’ailleurs, demain matin, le gentil camionneur et le tracteur énorme qui arriveront à l’heure et boucleront le chargement en 20 minutes nous le prouveront si besoin en était.


MARDI 13, kind of blues…


D’habitude, devant la mer, l’horizon est plat. Ici, quelque soit le temps ou l’endroit dans l’île, il semble montagneux. Au bout de la mer, on voit la déchirure des vagues.
Une houle régulière semble agiter cet océan.

Patou vient de partir. Gilles a le blues. Pourtant, tous les deux, sans vergogne, ils ont laissé Philippe se débrouiller seul de la troupe avec le montage. Eux, ils sont allés se promener au bord de l’eau.
D’abord, se perdre dans une futaie de palmistes.
Ensuite, descendre jusqu’à la mer par la coulée de lave de 1998. Arriver sur une plage de sable noir.
Le spleen commence dans cet univers d’encre.
Le soir, juste avant l’avion, ils ont rendez-vous au conservatoire, avec les élèves qui sont venus voir le spectacle dimanche.
Gilles est bavard.
C’est une jolie rencontre.
C'est toujours tellement réjouissant de voir des jeunes gens de 20 ans frémir pour du théâtre.
On se dit qu'on fera tout pour se revoir. Pour travailler ensemble.

Et puis Patou, s’en va. Gilles à le spleen. Elle aussi, dans son avion qui doit sentir les samoussas que Rosange a fait pour Némo.

Quand Gilles et Philippe se retrouvent au restaurant, c’est dans un autre pays que celui dans lequel ils habitaient à 3 jusque là. Le serveur est surfeur. Il a l’accent parisien. Il voudrait qu’on soit venu là pour s’éclater. Il n’imagine pas qu’on puisse venir ici pour autre chose que des vagues.

Les amis de l’est sont loin, au bout d’un monde, d’un autre monde. La pluie nous manque déjà.

L’ouest, ce soir, est encore un exil.


JEUDI 15, après la représentation.


On aura manqué de peu de fêter ici l’anniversaire de Patou. C’est aujourd’hui. Quelle idée de repartir le 13 !

Il y avait peu de monde ce soir aux Avirons, mais c’était une très jolie représentation. Parfois, très vite, le public se soude et les gens forment une communauté éphémère, mais solide et généreuse. C’était comme ça ce soir. Il faisait doux, presque froid. Et sans doute le peu qu’on était renforçait cette sensation que cette chose qui venait de se passer était assez précieuse.

On est resté longtemps après autour du punch, à parler doucement. Et on était content d’être les seuls à veiller dans la petite ville immobile.


VENDREDI 16, géographies.


Aux Avirons, on surplombe la mer. De 230 mètres

Et comme la terre est ronde (Georges Garamond vous le dirait), s’élever, ne serait-ce que d’une centaine de mètres, démesure l’horizon. Le point de tangente entre la ligne droite du regard et la courbe large de la mer s’éloigne énormément tout d’un coup.
Ici, on éprouve en regardant la mer un sentiment d’étendue d’une autre échelle, comme si l’imagination prolongeait cette ligne d’horizon à toute la circonférence du globe.

À Saint-Louis, on voit en entrant dans la ville un très joli minaret vert d’eau. Au devant de la mosquée, dans le bâtiment même qui abrite les fidèles, il y a un magasin de lingerie fine.

À Saint-Louis, il y a aussi un baobab. Dans la rue principale, à un carrefour. Enchâssé par un embouteillage permanent, il fait de la peine. On a l’impression de voir, dans une cage trop petite, un éléphant malade.

Aux Avirons, il y a un très beau monument aux morts. C’est rare. C’est une Pietà casquée qui tient un homme presque nu. La statue, appartenant d’abord à un village d’Algérie, a été offerte ici par Malraux à l’indépendance.

Ce n’est pas encore le printemps, pourtant depuis 5 semaines que nous sommes ici, on voit le paysage changer de couleur. Les fleurs poussent.

De ce côté de l’île, il y a des feuilles mortes. On en voyait pas à l’est, au pays du vert.

Pour monter au gîte où on habite ces 15 derniers jours, on traverse une savane.


SAMEDI 17.


Une représentation comme hier, on n’en avait pas vu depuis longtemps. Autant celle de la veille était mystérieuse et intimiste, tendre, autant celle d’hier était expansive et enjouée. Joëlle, qui est venue aux deux, n’en revenait pas.

Depuis qu’on est ici, au moment où Gilles raconte à une jeune fille qu’elle est amoureuse d’un garçon qui ne plait pas à ses parents, on palpe un écho, beaucoup plus qu’en France. Souvent, les filles regardent leur mère d’un regard qui dit « Ah, tu vois ! ».

L’autre jour, à Saint-Benoît, En sortant du spectacle, une mère a dit à Gilles « Vous avez bien deviné », Gilles a demandé à la fille comment ça allait se passer, c’est la mère qui a répondu « Ce n’est pas grave, on lui changera d’amoureux. »


DIMANCHE 18


A l'endroit où on joue, il y a des odeurs de bêtes. des odeurs de chèvres et de volailles. Des odeurs de chiens. Elles se mélangent aux odeurs d'encens et de pétrole qui s'échappent de la tente.
En remontant manger, on a croisé une transhumance de grenouilles. Cent grenouilles qui descendaient la route qu'on remontait.


LUNDI 19


On s'en va des Avirons. Les filles de l'office culturel ont l'air un peu triste. Une semaine, c'est court. On n'a commencé à se parler vraiment qu'hier. Il faut du temps pour faire connaissance.

Les filles des Avirons sont sérieuses, mais quand même, on a réussi à faire boire à Jaqueline un doigt de vin en lui faisant valoir qu'il s'agissait du sang du Christ !

On part d'un terrain de boules pour aller à un autre terrain de boules, à Piton-Saint-Leu. Imaginez la révolution que ça ferait en Provence !!!



MARDI 20


L’hôtesse de notre gîte nous a gentiment invité à manger. Marie-Claire Vion (de son nom de jeune fille, Nalini Latchimi), n’est pas qu’une bonne cuisinière. C’est bon d’entendre une femme à la fois en paix et en lutte, fustiger les progrès des communautarismes, les dangers des relents coloniaux, et les inepties du centralisme métropolitain, tout ça entre deux éclats de rire.
C’est la première à nous parler aussi crûment de son île, sans détours, avec un amour ardent et vigilant.
On se dit que lorsqu’elle viendra vendredi avec ses deux filles, on aimerait qu’elle aime le spectacle.



MERCREDI 21, chauffe Marcel.


Incroyable guinguette, qui s’est très vite transformée en une scène ouverte pour tous les enfants du quartier.
Au micro, ils ont chanté (accords improvisés par Gilles à l’accordéon), dits d’innombrables poèmes, slamé même : une petite fille s’est lancé dans une hallucinante improvisation chantée, qu’on se déteste de n’avoir pas enregistrée.

Tout s’est terminé dans des danses sur la scène, devant un public survolté !

Ca nous aurait presque fait oublié le scoop du jour : Philippe a remplacé Patou dans la Biguine tragique de Titus Andronicus… Et ça, par contre, on l’a dans la boite !

Demain, c'est le printemps !!!


VENDREDI 23


Ici aussi, comme parfois dans d’autres pays qu’on a traversé, on croisé des français perdus. Ils ne sont pas venus ici, ils sont partis d’ailleurs, mais ce dont ils se sont éloignés les poursuit, et leurs blessures sont tangibles, même si on ne sait pas quelles elles sont.

Des fois aussi, on rencontre des enfants perdus. On croiraient les fils ou les filles des diplomates qui peuplent les lycées français. On leur a appris la vanité de l’élite. Il leur faudrait une force surhumaine pour rester dans la simple enfance et même s’ils jouent (toujours entre eux), ce sont à des jeux sans équilibre.

Des enfants désenchantés.

Pendant ce temps, la ribambelle des gosses du quartiers caravelles suivent Gilles qui s’échauffent, se maquillent avec lui, servent le punch, font la vaisselle de la soirée, s’agglutinent autour de Philippe. Ils ont les pieds nus.

Hier, au spectacle, il y avait les internes du collège. Ils sont en 6ème ou en troisième, ils habitent pour la plupart à Mafate, vallée sans route et ne reviennent chez eux qu'aux vacances scolaires. Les week end, ils les passent dans leur famille d'accueil. C'est la première fois, presque pour tous, qu'ils voit du théâtre. Deux se sont endormis l'un sur l'autre, un garçon et une fille dont l'amour date d'avant hier.

En France, Patou a reçu une lettre de Lucien. Ils se manquent mutuellement.


DIMANCHE 25, un dimanche à la campagne.


A force de ne pas prendre de vacances, un simple repas de midi sous les frangipaniers a des airs de voyages.

Et puis, l'accent de Christian, note hôte, nous rappelait quelque chose, alors, on lui a demandé d'où il venait... C'est un pays ! Un pur gars de la Vienne, qui connaît des Germaneau à la pelle à Availles-Limouzine.

Bref ! Une très jolie et heureuse famille, et si vous passez par la Réunion, allez donc chez eux. Vous nous direz des nouvelles des confitures de Marie-Claire... Et puis le matin, pendant qu'on prend le petit déj devant la mer sous la varangue, l'arrière maison est déjà pleine de rires.

Juste après le civet coq de midi, c'est la dernière de cette tournée. A 4 heures, il va faire chaud sous la tente...

Ce soir, retour dans l'est. Rosange nous attend avec le rougail mangue ou le massalé cabri.




MARDI 27, L’ADIEU AUX MASCAREIGNES.


Bien sûr devrait plutôt écrire au revoir, mais c’est plus joli, adieu. Et puis, on part toujours au risque de ne plus jamais revenir. Ce ne sera que mieux si on revient : « On s’était dit adieu et nous voilà. »

Et puis, c’est fort comme un adieu, les deux garçons depuis deux jours ne sont pas dans leur assiette. Heureusement que lavion va les ramener vers les femmes qu’ils aiment.
Et puis, on n’a pas idée, au moment de partir de Caravelle, la main sur la poignée de la porte de la voiture, deux petites filles qui amènent leur adresse. « Écrivez-nous ! » Le coup de Lucien à Patou, mais là, Philippe et Gilles ne s’y attendaient pas. Et puis, deux autre filles plus grandes qui s’y mettent. « Et à nous, vous ne nous écrirez pas ? » Donnez-nous une adresse, on écrira à tout le monde. Les prénoms s’ajoutent : Nadia, Laurie, Laril, John, Audrey, Zamina, Benjamin… Mais d’où ils sortent tous, ces enfants au prénom de cyclone qui piétinent nos cœurs tout d’un coup dévasté ? Qu’est-ce qui s’est joué dans ce quartier de Cafres où pourtant, les spectateurs étaient presque tous d'ailleurs et blancs.
Des rumeurs : Laril est persuadé que Gilles peut entrer son doigt dans une oreille et le ressortir par l’autre. Il se murmure en créole qu’on est des magiciens : on fait pleuvoir au dessus du chapiteau.
Kevin a la fin du spectacle, a vraiment vu Gilles disparaître.
Une maman nous serre la main, c’est la première fois. Elle regarde ses filles avec fierté. On sent qu’on n’y est pas pour rien, mais on ne sait pas pourquoi.
Peu importe que si peu soient venus. La proximité du soectacle a suffi à nourrir beaucoup.
Les fenêtres sont ouvertes et tout le monde regarde partir la roulotte. Nous aussi, on la regarde partir. Une dernière fois.
Mais qu’est-ce qui s’est passé ici qu’on avait pressenti à peine ? C’est sans doute aussi que c’est la dernière étape, ce sont six semaines qui se bousculent au portillon, juste en dessous de la pomme d’Adam.

On ne part pas, on s’enfuit presque.
On arrive à Saint-Denis pour un bilan. Bilan, le mot est trop laid. On parle, on se parle. On se parle vraiment. On s’écoute.
On reprend la voiture jusqu’à Chez Rieul et Rosange. On embrasse Perandjali. Robin nous accompagne.
Gilles est obligé de se coucher par terre, comme s’il venait de jouer 16 fois de suite.
On mange comme des ogres. On boit de la bière et de l’eau.
On parle sérieusement. Le bilan (le mot est toujours trop laid), en mettant des mots sur des tas de sensations, a remué plein de choses, soulevé autant de doutes que de certitudes.
Philippe parle. Gilles se demande si ce qu’il veut, c’est se baigner sans se mouiller (comprenne qui pourra)…

Et voilà, on va partir d’ici. On ne verra pas l’éruption du volcan. On ne verra pas la floraison des flamboyants. C’est un signe. Signe qu’il faut qu’on revienne. On a vu si peu de choses et tant de gens. Si peu de terre et tant d’âmes.
On ne part pas frustrés, mais pleins d’un appétit inassouvi. Pleins d’un désir de récolte.

En partant, on pressent des menaces sur cette île fragile. La progression des communautarismes, au détriment de cette identité créole. L’impossible et contradictoire relation à la métropole. Combien de solutions inadaptées importées ici ? Combien de jeunes gens d’ici voudraient partir ? Combien ont la fièvre ? Les caddies remplis de gras et d'alcool, les voitures, les téléphones… Comme si les dangers qui agitent le monde étaient ici chauffés dans un creuset. Une sorte d’île adolescente, à qui on ne peut donner aucun conseil, dont on ne peut qu’espérer en tremblant qu’elle ne fasse pas de bêtises fatales.

Dans 5 heures on est dans l’avion. On voudrait dire tant de choses à tout le monde.

Adieu aux Mascareignes ! Attendez-vous à nous revoir !


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© Attention Fragile 2005-14