mercredi 3 octobre 2007
Par Gilles,
mercredi 3 octobre 2007 à 13:10 :: General
C'est drôle la fin d'un journal...
J'imaginais le poursuivre, voire, faire un journal de création, mais impossible. Le travail d'un metteur en scène est souvent de se taire. Pas de mentir, mais de différer la vérité.
Alors, j'aurais été obligé de tricher.
Il reste ces pages, 2 ans de recherche, d'hésitations, de contradictions, d'emportements, auxquels le spectacle obéit ou qu'il contredit.
Peut-être y ajoutera-t-on les notes que Pat a fait jour après jour pendant les répétitions...
Ah si, en dernier cadeau, le destin de julien et Tania, les 2 nouveaux venus :
/15/ Ces deux-là étaient égarés. Pas perdus, égarés seulement.
Pourquoi parler d’eux ensemble, eux qui se ressemblaient si peu ? C’est qu’en se rencontrant, J. et T. s’étaient demandés l’un à l’autre, à la même seconde : — « Qu’est-ce que tu fais là, toi ? », et ils avaient éclaté de rire, comme ça arrive dans ces cas-là. Pour une première rencontre, un éclat de rire commun, c’est une promesse. Et puis ça permet de prendre son temps.
Depuis, lorsqu’ils se regardaient, un fou rire leur venait qu’ils ne réprimaient pas mais qui se transformait de lui-même en sourire ou en baiser.
Ces 2 enfants étaient sauvages, elle pour avoir passé sa jeunesse dans un pays en guerre, où on apprenait à l’école à reconnaître un kamikaze à l’odeur de sa transpiration, lui pour être en quelque sorte un jeune homme des bois, qui vivait au milieu d’une forêt d’antennes et d’un entrelacs de fils où passait un courant asymétrique. Là, à l’abri derrière le mur de sa régie, il était bien. D’ailleurs, lorsqu’il s’avançait sur le terrain découvert de la scène ou de la piste, il s’y aventurait comme on entre dans une clairière, prudemment.
Cette prudence n’était d’ailleurs en aucun cas le signe d’un manque de courage, seulement de ceci : — « Pourquoi risquer de se faire du mal quand on est bien ? »
Cela contrastait évidemment avec l’apparente imprudence de T., qui, à chercher elle aussi à tout prix le bien-être, prenait souvent des coups, mais c’est ce qui avait facilité leur rencontre, elle s’aventurant sans hésiter sur son territoire à lui, au nom d’une devise qui aurait pu se formuler ainsi : « Un peu de bonheur vaut tous les voyages. »
(Ce qui ne signifiait pas qu’elle préférait la joie à la découverte, mais plutôt que si l’espoir d’un plaisir nécessitait un déplacement, ça valait le coup. Dit encore autrement, elle ne rechignait jamais à faire le premier pas, chose toujours fort soulageante pour ceux qui sont en face !)
D’ailleurs, comme lui, si elle n’était poussée à aucune sortie par l’espérance d’une félicité, elle pouvait se mettre à l’abri très longtemps et savait élever autour d’elle des barricades d’une taille tout-à-fait honorable. Mais, alors qu’on ne l’avait pas vu depuis des jours où elle était restée ainsi enfermé dans sa chambre, pour peu que pas très loin on entende le bruit assourdi d’une fête, on voyait la porte s’ouvrir d’un coup et T. en sortait joyeuse en disant « j’arrive. »
Doit-on s’étonner que cette sans-abri semi-insouciante (toute tentative d’explication de ce penchant compliqué d’un désir de refuge étant vouée à une simplification hasardeuse), doit-on s’étonner, donc, que cette sans-abri semi-insouciante ait naturellement emprunté le chemin qui conduisait à ce bâtisseur de cabanes, ce Robinson que l’habitude de la liberté n’avait pas réussi à rendre vraiment farouche.
Ainsi, seuls à eux-mêmes lorsqu’ils se regardaient dans les yeux, et suffisamment tranquilles pour s’aventurer sur de nouveaux sentiers, riches de cette profonde sagesse (comme beaucoup d’artistes devraient leur envier !) qui leur disait confusément qu’ils n’avaient pas besoin de se mettre « au centre », ni de rappeler sans cesse au reste du monde qu’ils étaient là, ils visitaient le chapiteau comme les amoureux de la Dispute de Marivaux, inconscients dans leurs promenades où ils butinaient des plaisirs, qu’autour d’eux les autres les regardaient un peu comme derrière une vitre, envieux de ce paradis perdu.
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mercredi 25 avril 2007
Par Gilles,
mercredi 25 avril 2007 à 13:41 :: General
Une petite discussion au téléphone avec Noël m'a fait réfléchir et sous ma douche, je me suis raconté le spectacle autrement. C'est finalement une autre façon de l'envisager, de le voir. Et d'une certaine manière, même de façon très rapide et imparfaite, cela finit ce séjour charentais :
Dans la rue, une petite fille joue avec son cerceau. Elle est tuée d’une balle perdue, dans l’indifférence des passants, on emmène son corps très tard.
Un homme s’ouvre les veines sur une place publique, avec des couteaux.
Ailleurs, quelque part dans le ciel, un autre homme explose.
Sur la terre, une girafe prisonnière pleure ces vies dévastées.
Pendant ce temps, des hommes et des femmes s’occupent à des tâches simples. Des taches parfois simples, parfois difficiles, des rencontres, des solitudes… Ils font preuve de gentillesse ou de courage, de coquetterie ou d’honnêteté. Ce sont des hommes et des femmes qui vivent.
Au milieu de tous ces vivants, 3 kamikazes menacent de faire sauter la planète. Mais leur menace est une mauvaise plaisanterie. Une fausse alerte.
Après l’effroi, la vie reprend son cours, doucement. Une femme amoureuse pense à son amant, et même les trois potaches qui nous ont fait peur ont repris leur activité tranquille.
La femme amoureuse pense à son amant, mais cela ne lui suffit pas. Elle cherche des confidents à qui parler d’elle. Pour la première fois de sa vie, elle raconte des secrets à des inconnus. Après, elle va beaucoup mieux.
À d’autres endroits du monde, des gens simples accomplissent, sans vraiment le savoir, de grands exploits.
Ils ne se connaissent pas, mais leur fraternité évidente obligera bientôt leur chemin à se rencontrer.
Dans un jardin public, des enfants grandissent. Ils s’amusent et leur parents ont très peur pour eux. Ils les tiennent par la main mais les emmènent dans des chemins difficiles.
Tout près, dans une cage d’escalier, un homme seul est effondré. Derrière la porte, la femme qu’il appelle ne le laissera plus jamais entrer. Sa douleur est inconsolable, et puis la vie le ramène à la vie et à la gaîté, doucement.
Combien d’année a-t-il passé dans cette cage d’escalier, on ne le sait pas, mais lorsqu’il redescend dans la rue, guéri, il fait beau et il est heureux de regarder les gens aller et venir.
Il y a un homme, une femme et une jeune fille. Ils s’accompagnent. Les deux adultes bien sûr protègent cette enfant, mais elle aussi, d’un autre côté les protège. En ce moment, ils lui parlent de l’amour et de son premier homme. Elle n’a pas si peur que ça. Son appétit est plus fort que son effroi.
Pendant que ses trois là se promènent, une homme arrive et sans raison tue l’homme qui tient la main de la petite fille.
Maintenant c’est la nuit, un garçon tourne en rond, il est inquiet, il est perdu. Lorsque ses amis le rejoignent, il oublie sa peur. Et la nuit s’éclaire de la joie de ces quatre camarades.
C’est la nuit, et les gens se préparent à aller se coucher. Des gens se disent au revoir. D’autres, adieu. D’autres essaient d’emmener quelqu’un dans leur nuit.
C’est la nuit. Des enfants rêvent, ils sont couchés depuis longtemps.
C’est la nuit. Les étoiles se décrochent du ciel.
Dans une chambre, une jeune homme est malade. Il s’endort une dernière fois. Il le sait et il n’est pas malheureux.
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Par Gilles,
mercredi 25 avril 2007 à 11:00 :: General
Petit hourra ! Devant l'initérêt du billet précédent, puisqu'on peut y lire des notes, mais sans pouvoir déchiffrer ce à quoi elles se rapportent, j'ai réussi à compresser le fichier suffisamment pour pouvoir le rendre téléchargeable, en trois fois tout de même (un petit méga chacun). Si donc le coeur vous en dit de lire cette sorte de version 0.2.1 de Fournaise, laissez-vous aller. Et surtout, comme disent les jeunes gens modernes sur leurs blogs : "Lâchez vos coms !". Oui, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et si les questions que je me pose sont les questions que vous vous posez à la lecture de cet objet hybride.
Fournaise 0.2.1 est donc là :
il y a donc le début, puis le milieu et enfin, comme son nom l'indique, la fin.
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dimanche 22 avril 2007
Par Gilles,
dimanche 22 avril 2007 à 23:43 :: General
Je vais passer les quelques jours qui me restent à revisiter cette version 0.2 en notant ce qui me passe par la tête.
Ce soir, tout en travaillant un peu, j'ai surtout la tête aux 11% de Le pen, j'avoue. Et Hugo un des fils de Xavier m'a dit ce matin que ses copains de classe disaient qu'il fallait voter Sarkozy pour qu'il n'y ait plus d'arabes en France, preuve s'il en est que...
Allez, pas de politique directe dans ce journal, juste profiter un peu des revers du FN pour prendre des notes.
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samedi 21 avril 2007
Par Gilles,
samedi 21 avril 2007 à 17:48 :: General
J'ai écrit non pas une autre fin, mais le dernier rebondissement du spectacle, une fin humaine. (Je sais, en la lisant on se dit qu'elle répète la scène du début où Jean est propulsé dans les cintres... A voir donc) :
C’est après la fin du spectacle, lorsqu’on croit que tout est fini avec cette traversée. Lorsqu’on croit que les acteurs vont venir saluer. Mathias entre tout seul, peut-être en traînant un gros tapis. Un peu après les autres viennent installer la bascule, sans piédestal cette fois. Et ils s’asseoient sur le tapis pendant que Mathias parle :
Je suis malade je sais pas combien de temps ça va durer je sais même pas vraiment si je m’en irai je sais pas en même temps j’aimerais pas que ça dure trop longtemps Je dis ça c’est pas vrai j’aimerais beaucoup que ça dure très longtemps mais des fois je fatigue un peu physiquement Je sais on dirait pas j’ai l’air en pleine forme en fait ça part en sucette C’est con ça me plaisait bien moi tout ça la vie le printemps les arbres les filles les pâtes a la carbonara c’est con Je crois que j’aurais fait un très bon grand père père j’aurais pas été assez sévère mais grand père ça va on n’a pas besoin d’être sévère justement ça m’aurait plu en fait En fait je crois que j’aurais bien aimé devenir vieux tout simplement tranquille J’aurai bien aimé Ma devise c’est "Jamais à plus de deux pas du bonheur" C’est moi qui l’ai inventée ça me va bien comme programme ça me va bien en plus j’y arrive ça fait super longtemps que j’ai pas été malheureux je me souviens même plus enfin je me souviens mais c’est loin c’est super loin J’ai mal aux genoux le spectacle m’épuise en même temps quand c’est fini je suis plus en forme qu’au début Pour en revenir au bonheur faut pas croire que ça vient comme ça je me suis entraîné j’ai bossé En ce moment je fais quelques entorses au règlement mourir me fait un peu de peine je sais que je vais manquer à un tas de gens ça me rend triste Je suis bien ici je suis bien partout mais je suis vraiment bien ici de plus en plus Bon ils sont prêts je vais pas m’éterniser de toute façon Le reste c’est mon secret je ne le dirais à personne
Il se place sur la bascule, vérifie si tout le monde est prêt, fais un signe ses camarades prennent leur élan et il saute. Lorsqu’il est en haut de son saut, avant qu’il redescende, noir.
(Il faut se débrouiller pour engloutir le son de sa chute, que le spectacle finisse en l’air)
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Par Gilles,
samedi 21 avril 2007 à 12:14 :: General
Hier soir, juste avant le spectacle de Thomas, dernière rencontre publique à Ruffec. Finalement, à les mettre en bouche, les textes écrits résistent bien, et les chansons aussi. J'avais flané toute la journée dans cette écriture et je m'y sentais bien. Même si malgré moi cette façon d'écrire n'est pas mon style. Tant mieux, les personnages de ce spectacles parlent un langage qui n'est pas le mien, mais qui me plaît.
C'était très étrange, et palpitant de lire devant Mathieu des paroles écrites pour lui. Et puis c'était la première fois, comme Jean et Marie étaient là aussi, qu'on partageait le travail de Fournaise.
Je pense qu'il sera bien de lire, ou de raconter le spectacle à toute l'équipe au début des répétitions. D'incarner le spectacle...
En attendant, inventer d'autres paroles.
Je crois définitivement que c'est Pierre qui tuera Mathieu sans raisons. J'imagine son regard perdu après, Le face à face silencieux avec les gosses.
Au retour, trouvé le mail de Manue qui me dit qu'elle ne sera finalement de l'aventure. Elle va manquer au spectacle. Nous manquer. Son destin d'amoureuse nous manquera aussi.
Ce matin Patou me dit au téléphone qu'elle ne retrouve pas dans les paroles que je lui fait dire la beauté du destin que je lui ai écrit. Mais en écoutant la lecture d'hier, je trouve à ses paroles de la grâce. Il faut dire que j'ai pas mal réécrit la première mouture.
J'aimerai bien trouver ce que dit Mathias. Et à quel occasion il parle.
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mercredi 18 avril 2007
Par Gilles,
mercredi 18 avril 2007 à 07:50 :: General
C'est fait. Ce travail de consolidation n'était pas inutile.
Tout est dit dans la note aux acteurs de la version 0.2 que ceux qui ont envie peuvent télécharger à cet endroit.
Là, Frédéric me manque vraiment. Il y aurait un vrai story-board à faire, même très rapide et sec, de l'ensemble de l'écriture...
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mardi 17 avril 2007
Par Gilles,
mardi 17 avril 2007 à 09:44 :: General
Toutes ces choses que j'ai écrites ces jours derniers, ces paroles, ces chansons, modifient pas mal la façon de lire la version 0.1 de Fournaise. Il serait bon, avant d'aller plus loin, d'essayer d'intégrer ces textes dans le scénario, voir comment elles se posent, ce que ça change et tout et tout... Autrement dit, il est peut-être temps de faire une version 0.2, pas vraiment finie, mais une sorte de montage des images et des paroles. Même incomplet (et déséquilibré puisque ça donnera aux textes déjà écrit une importance un peu hors mesure par rapport à ceux qui manquent encore), ça devrait m'aider.
En tout cas, ce matin, c'est là que ça coince.
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Par Gilles,
mardi 17 avril 2007 à 08:51 :: General
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lundi 16 avril 2007
Par Gilles,
lundi 16 avril 2007 à 07:28 :: General
C’est une chanson qui se chante à 2, Patou et Angèle. C’est Patou qui commence et sur le dernier couplet, la même musique, mais avec une autre tonalité, ou au moins avec une autre sonorité, commence et fait progressivement taire Patou, et c’est Angèle qui chante, la même chanson où tous les j’ai peur sont remplacés par des j’ai envie. Elles sont dans 2 espaces différents, mais elles sont profondément ensemble. D’ailleurs, elles finissent la chanson d’Angèle toutes les deux.
Ce que chante Patou :
j’ai peur d’entendre sa voix
j’ai peur que la lumière soit éteinte
j’ai peur qu’il me voie
j’ai peur de ses étreintes
j’ai peur des baisers
j’ai peur qu’il me touche
j’ai peur d’avoir un bébé
j’ai peur de sa bouche
j’ai peur de le voir tout nu
qu’il ferme la porte
j’ai peur qu’il ne veuille plus
j’ai peur qu’il ressorte
j’ai peur de lui dire oui
qu’il me déshabille
j’ai peur d’être contre lui
d’être une petite fille
j’ai peur de trembler de peur…
Ce que chante Angèle :
j’ai envie d’entendre sa voix
j’ai envie que la lumière soit éteinte
j’ai envie qu’il me voie
j’ai envie de ses étreintes
j’ai envie des baisers
j’ai envie qu’il me touche
j’ai envie d’avoir un bébé
j’ai envie de sa bouche
j’ai envie de le voir tout nu
qu’il ferme la porte
j’ai envie qu’il ne veuille plus
j’ai envie qu’il ressorte
Elles finissent toutes les deux :
j’ai envie de lui dire oui
qu’il me déshabille
j’ai envie d’être contre lui
d’être une petite fille
j’ai envie de trembler de peur…
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Par Gilles,
lundi 16 avril 2007 à 05:39 :: General
J'ai fini deux chansons que j'ai commencées pour Patou il y a 5 ans. C'est fou ce que je suis lent ! La première est à chanter dans l'intimité d'une alcove, les rideaux tirés, la seconde, il faut voir comment elle peut venir sur quelque chose qui se passe (même si elle le chante indépendemment, voir comment la musique peut infléchir le temps (le temps qu'il fait, le weather, pas le time) du spectacle).
J'ai encore du mal à obéir au spectacle, à penser les scènes simultanées. Je reste encore trop dans une vision des choses les unes après les autres...
Quand je te vois dans mes bras
quand je te vois sourire
Je ne sais pas pourquoi
j'imagine toujours le pire
moi j'ai si peur de t'avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j'ai peur j'ai peur
la nuit quand je remonte tes draps
quand je te vois dormir
je ne sais pas pourquoi je ne peux pas
m’empêcher de frémir
moi j'ai si peur de t'avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j'ai peur j'ai peur
et quand tu t’éloignes de moi
quand je te vois courir
je ne sais pas pourquoi
je voudrais tant te retenir
moi j'ai si peur de t'avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j'ai peur j'ai peur
Après je vais devant la glace
tous mes défauts dépassent
Il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas
il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas
il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas
il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas
Tu me dis tes premiers émois
tes premiers soupirs
et tout d’un coup je m’aperçois
je ne t’ai pas vu grandir
j'ai toujours peur de t'avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j'ai peur j'ai peur
maintenant avec d’autres que moi
dès fois j’entends ton rire
tu es là-haut je suis en bas
bientôt tu vas partir
moi j'ai si peur de t'avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j'ai peur j'ai peur
je retourne devant la glace
tous mes défauts dépassent
Ce soir tu ne dors pas là
en te voyant sortir
je ne sais pas pourquoi
je veux seulement te dire
que j’ai si peur de t’avoir faite
moi qui suis tellement imparfaite
j’ai peur j’ai peur
Il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas
il ne faut pas il ne faut pas
que tu fasses un faux pas...
L'autre maintenant :
Là-bas dans un champ brûlé des hommes alignés des regards baissés
là-bas des corps prisonniers des grilles rouillées des bouches fermées
ici matin calme après nuit agitée
ici je dors encore il fait beau dehors tu prépares le thé
devant tes yeux qui brûlent
la mer de mes cheveux recule
et sur le drap immobile
mon corps c’est une île
Là-bas des femmes épuisées des ventres gonflés des ongles arrachés
là-bas des terres fatiguées des puits asséchés des bras décharnés
ici tu viens sans parler tu poses le thé t’ouvres les volets
ici assis à mes pieds reste sans bouger une éternité
devant tes yeux qui brûlent
la mer de mes cheveux recule
et sur le drap immobile
mon corps c’est une île
Là-bas des tôles effondrées des cœurs dévastés des chars sont passés
ici mes seins caressés ma bouche embrassée nos deux mains serrées
devant tes yeux qui brûlent
la mer de mes cheveux recule
et sur le drap immobile
mon corps c’est une île
devant tes yeux qui brûlent
la mer de mes cheveux recule
et sur le drap immobile
mon corps c’est une île
En bonus-track, j'ai fait parler Alex. Si ça continue, avant de partir, il y aura une version 0.2, la même que 0.1 avec les paroles...
Alex est sur un vélo et il parle en même temps qu’il fait sur ce vélo des choses difficiles :
Baiser sans capote c’est kamikaze ? Je le faisais Maintenant je le fais plus mais avant je le faisais tout le temps Attention je défends pas ça je dis pas que faut faire l’amour sans capote je dis simplement que je le faisais Je le fais plus N’empêche c’est dur c’est super dur Attends tu vois une fille elle te plaît Elle te plaît pas juste pour faire l’amour elle te plaît carrément t’es obligé de te dire peut-être qu’elle est malade attends c’est dur Elle se déshabille tu la regardes t’es obligé de réfléchir peut-être que son corps il est malade c’est triste Elle en face elle se dit pareil Je dis pas qu’il faut pas mettre de capote je dis que c’est triste c’est tout c’est injuste c’est tout ce que je dis bien sûr faut en mettre Ça empêche pas c’est pas réjouissant la fille en même temps tu lui dis que tu l’aimes en même temps tu te protège Attends je me protège Ça change tout Faut pas dire c’est facile faut pas dire c’est naturel peut-être dans 100 ans ce sera naturel peut-être dans 100 ans t’y penseras même plus en tout cas pour moi c’est pas naturel je le fais pas de problème mais ça me rend triste Ma mère elle me dit avant c’était pareil tu faisais attention il y avait pas la pilule c’est pas pareil je suis désolé c’est pas pareil faut faire attention c’est pas pareil que faut se protéger c’est pas pareil c’est pas pareil si t’as peur d’être papa ou si t’as peur d’être mort c’est pas du tout pareil Attention je dis pas que c’était pas un drame avant non plus mais c’est quand même pas la même chose si tu te dis elle pourrait me faire papa ou si tu te dis elle pourrait me faire crever Faut pas dire que c’est pareil (Il voit Thomas S.) T’es jamais monté sur
quelqu’un toi ?
— Non.
— Vas-y grimpe. Grimpe je te dis. (À Olivier.) Aide-le, toi.
Olivier monte à l’arrière du vélo et soutient Thomas qui monte en colonne sur Alex
— Tu te sens comment là-haut ?
— Je suis le roi du monde !
Il s’est mis dans la position de Kate Winslet dans Titanic. D’ailleurs, Olivier le tient un peu avant de le lâcher, comme Di Caprio. Et Thomas est debout sur Alexandre les bras écartés. Ils éclatent de rire en même temps quand Thomas dit ça. Pierre arrive sur son petit vélo et ils font la course. C’est des gosses. En haut Tom a peur mais il est heureux. Ils rigolent tous les quatre et ils sortent à toute allure lorsque autre chose commence.
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dimanche 15 avril 2007
Par Gilles,
dimanche 15 avril 2007 à 00:51 :: General
Patou chante:
mords-moi mon amour de toute tes dents
mords-moi l’été sur une pierre dans l’herbe au printemps
mords-moi l’automne sur un lit de feuilles mortes
mords-moi attachée collée à une porte
mords-moi toutes les nuits dans ton sommeil
mords-moi tôt le matin, que tes dents soient mon unique réveil
Je suis ton repas mâche les endroits les plus tendres
mords moi brusquement sans que rien ne le laisse attendre
même si
tu me mens
j’aime lorsque tu me mords
énormément
mords-moi de faim mords-moi de soif mords-moi d'épuisement
mords-moi en plein hiver dehors couché sous un banc
mords-moi injustement de morsure violente
mords mon corps tremblant mords ma chair bien vivante
mords-moi entouré de gens qui te voient
me mordre et passent et sourient et ne s’inquiètent pas
mords-moi en exil oublié du monde
mords-moi lentement en comptant les secondes
même si
tu me mens
j’aime lorsque tu me mords
énormément
Stop Stop Arrête ! (elle arrête la musique, elle s’arrête de chanter) La semaine prochaine j’ai 41 ans Ça me plait pas trop Ça me fait peur en fait Pardon c’est n’importe quoi je suis ridicule c’est cette chanson Il paraît que je pleure la nuit c’est mon chéri qui me l’a dit lui il ronfle moi je pleure c’est pas pire Je le crois pas mais ça doit être vrai Hou En même temps Je sais pas comment ça se fait tous les matins je suis de bonne humeur C’est comme le temps des fois le matin il fait beau on se dit il va faire un super temps et puis il y a un nuage qui arrive et un autre et encore un autre après il fait un temps pourri Être heureux c’est du boulot La vie c’est tous les jours Y a pas de vacances c’est tous les jours ! Je vais vous montrer quelque chose Il y a 7 ans j’ai eu un cancer du sein J’étais malade mais j’ai jamais eu peur de mourir Jamais Par contre j’ai eu peur de devenir laide les cheveux le bras tout ça fait peur C’est bizarre on se fait charcuter on n’a pas peur de mourir on se rands pas compte c’est pas du courage c’est autre chose je sais pas quoi C’est pareil à la guerre on fonce on se pose pas de question on voit les autres qui tombent à côté on fonce quand même J’ai lu un livre c’est des témoignages de femmes russes pendant la guerre elles disent qu’elles ont pas peur de mourir Jamais Mais quand il y a une bataille la veille elles se maquillent elles s’habillent bien elles veulent pas mourir d’un obus elles veulent pas qu’on les voit défigurées elles veulent pas elles veulent bien mourir mais pas laides pas bousillées ! Il y en a une elle dit un truc je peux pas le raconter je peux pas le raconter C’est un super livre je vous donnerai le titre après Faut pas le lire un jour de déprime Mais c’est super beau en fait on croit que c’est triste mais en fait c’est pas triste c’est très optimiste C’est des histoires tristes mais ça donne envie de vivre en fait c’est des filles c’est des gamines foo ça fait du bien ! C’est la première fois que je montre mes seins à des gens que je ne connais pas Cette cicatrice Il y en a un qui est plus petit Depuis l’opération c’est comme ça mon chéri il les appelle Laurel et Hardy Quand j’ai un orgasme très fort quand je jouis très fort je pleure aussi C’est bizarre ça me fait pleurer Au début ça fait drôle le garçon ça lui fait drôle il sait pas trop moi au début ça me faisait honte je savais pas où me mettre je me retournais pour qu’il me voit pas Attends quand c’est les premières fois tu pleures quand tu jouis ça fait drôle tu te demandes si t’es normale c’est normal Maintenant j’aime bien c’est super en fait tu lâches tout c’est pas tout le temps que tu lâches tout ! On y va
(Elle recommence à chanter)
mords-moi vierge mords-moi pucelle
mords-moi malgré toutes les interdictions formelles
mords-moi oui mords-moi la chatte le con
mords-moi le ventre les doigts les tétons
mords-moi les pieds mon talon d’Achille
remonte lentement mords les coins difficiles
mords mes yeux mes dents le creux de mes mains
la peau fragile entre mes deux seins
mords-moi debout mords-moi en rampant
mords-moi en héros en lâche en tremblant
mords-moi sans hésiter dans d’atroces souffrances
si tu veux mords-moi pour la France
un jour s’il te plait mords-moi de vieillesse
mords-moi doucement la nuque les fesses
attention à ma peau serre à peine les dents
mais mords-moi je t’en prie dans ton testament
__________________________________________
(La contorsionniste vient de l’embrasser)
— Tu fais quoi T’es kamikaze ou quoi Tu me fonces dessus c’est un attentat suicide ou quoi Qu’est ce qui te prend Elle me fonce dessus c’est pas normal ça se fait pas Tu dis quoi si je t’embrasse comme ça Tu dis quoi Réponds tu dis quoi Pourquoi tu fais ça
— Pour rien
— Pour rien Me dis pas que t’as fait ça pour rien me dis pas ça putain Pour rien, elle m’a fait ça pour rien Et moi si je fais ça Je vois une fille je vais l’embrasser je suis quoi moi après On me traite de quoi
— De rien
— Je te parle pas à toi Même pas tu me touches même pas tu me parles même pas tu me regardes Tu sais ce que tu me fais là Tu me fais envie tu le sais Tu t’en aperçois Je t’ai demandé Tu m’as entendu te demander Viens me faire envie Putain tu m’as fait envie Tu me fais envie.
(Il l’embrasse. Ils s’embrassent.)
— Refais pas ça Refais jamais ça putain Ça va pas C’est pas prévu là On a du boulot On a du boulot
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samedi 14 avril 2007
Par Gilles,
samedi 14 avril 2007 à 12:49 :: General
Je merdouille depuis 2 jours. Réussi à écrire une ligne et demi : à la contorsionniste qui vient l'embrasser : Putain tu fais quoi T’es kamikaze ou quoi Tu me fonces dessus c’est un attentat suicide ou quoi Qu’est ce qui te prend...
Fixer des petites choses au début de ce week end que j'aimerais bien productif, mais on ne maîtrise pas tout.
Premièrement : tout le monde n'est pas obligé de parler.
Deuxièmement : ça n'empêche pas d'écrire quelque chose pour tout le monde.
3èmement : une proposition, partir pour ça plus des destins que du scénario.
4èmement : Le texte pour Mathieu m'a donné envie d'en faire le porteur de la parole. Ce n'est pas tout-à-fait ça. Je me suis demandé hier s'il ne valait pas mieux continer à élaborer ce personnage là, plus bavard, facilement en apostrophe au public, plutôt que de faire parler tout le monde selon les mêmes rêgles. En fait, après avoir écrit cette apostrophe, c'est comme si ça m'empêchait un peu de faire parler les autres de façon identique (même si c'est chacun leur style), disons avec la même stratégie de prise de parole.
5èmement : il faut que je discute avec Patou encore, que je m'approche d'elle. Du fond d'elle. De son tremblement.
6èmement : Le petit début d'engueulade écrit hier me pose des question sur le statut de la parole (c'est sans doute pour ça que je ne suis pas allé plus loin). En tout cas, ne pas faire semblant de parler entre nous - comme si les spectateurs n'étaient pas là, ne pas inventer un intime factice dont on voit de toute façon les ficelles (je tombe encore dans ce piège trop souvent).
J'allais oublier un 7èmement : Est-ce que ce que les acteurs disent aux spectateurs lorsqu'ils sont assis près d'eux, me regarde ?
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mercredi 11 avril 2007
Par Gilles,
mercredi 11 avril 2007 à 16:03 :: General
Un seul texte aujourd'hui, mais celui du commencement, quand Mathieu perle en jonglant. Celà dit, en le lisant à haute voix, je doute, il irait peut-être mieux à Pierre. Je ne sais pas, je leur demanderai à tous les deux de se le mettre en bouche. Le problème si c'est Pierre c'est qu'il faut changer le début vu que je veux que ces paroles là soient au début, les premières paroles. Ou alors, Mathieu jongle et pierre parle mais ça risque d'être un peu trop fabriqué.
Je n'ai pas réussi à mettre de points ni de virgules. Ce n'est pas par coquetterie. C'est pour le souffle je crois.
Mon grand frère Mon grand frère il est autiste Je sais ça se dit pas au début d’un spectacle ça se dit peut-être pas tout court mais j’ai envie Je le dis j’ai envie Mon frère je le regarde tout le temps quand il doit passer d’une pièce à l’autre Il reste une heure à se balancer Juste pour aller dans l’autre pièce S’il y a une baguette de porte c’est pire ça dure encore plus longtemps T’as l’impression que c’est pas une baguette de porte c’est des crocodiles Au début c’est comique tu comprends pas c’est juste pour aller dans la cuisine Tu te dis c’est un malade Après tu réalises il est malade mais au début tu trouves ça comique il reste une plombe juste pour aller dans la cuisine il reste une plombe à se balancer ça te gène en fait Après il se lance il se lance tout d’un coup il est super décidé tu sais pas pourquoi D’abord il se balance après il se lance Il y va carrément Ça dure des plombes mais quand il y va il y va il a du cran Je sais pas pourquoi ça me fait penser tout ça ! À l’hôpital en allant soigner mon frère on en a vu un autre c’est autre chose il se met à l’envers pour traverser Il veut pas voir, mais il y va Il ferme pas les yeux, il se met à l’envers et hop il passe dans l’autre pièce toi tu vois rien mais en fait il se jette en arrière il se jette dans le vide c’es pas rien Ils ont du cran quand même c’est pas facile de passer d’une pièce à l’autre pour eux C’est des autistes il savent pas Peut-être que dans l’autre pièce c’est grave ils y vont quand même on pourrait les applaudir T’imagines je sais pas t’es dans l’eau t’es dans une rivière tu dois traverser tu sais pas nager t’y va Putain tu sais pas si t’as pied t’y vas quand même C’est courageux Jongler ça m’ennuie Je vois plus l’intérêt Je sais pas comment j’ai pu aimer ça ! Des fois on part on revient plus Avant par exemple quand il y avait pas les trains les avions et tout ça un émigrant il dit adieu à ses parents, il sait qu’il les reverra plus Adieu c’est adieu c’est pas au revoir c’est adieu adieu Remarque même maintenant un immigré il est parti il sait pas s’il reverra sa femme Ses enfants il sait pas s’il les reverra Il dit au revoir mais il sait pas il dit ça pour se rassurer pour rassurer tout le monde Nous on dit jamais adieu on sait qu’on revient c’est pas pareil ça à rien à voir Nous c’est toujours un billet aller et retour on est pas fou On se lance pas comme ça C’est pas des vrais voyages c’est une petite ballade pour passer le temps Putain ça m’intéresse pas moi je veux pas passer le temps je veux faire des vrais voyage ! Putain j’aime pas jongler on voit personne Ça va quand on est tout seul c’est tout Putain ça m’énerve j’aime plus ça faut être parfait faut pas que ça tombe je vois pas l’intérêt Faut pas que ça tombe ! Des fois on fait des trucs on peut pas revenir en arrière On fait des trucs irréparables C’est chaud Des fois c’est des trucs pas bien des fois c’est des trucs bien Avant de les faire on sait pas Wouah tu sais pas si ça va être bien tu sais pas si tu va le faire tout ce que tu sais c’est qu’après c’est trop tard C’est trop bien Et tu le fais putain tu le fais Après tu peux être trop fier C’est même pas grave si c’est pas bien ce que t’as fait Si c’est un truc bien c’est mieux c’est sûr mais c’est pas grave C’est comme mon frère il se lance il sait pas Il a super peur il y va il se balance à fond c’est un héros Il va dans l’autre pièce c’est un super-héros
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