Ramallah, West Bank.
Lasciate ogni conoscenza.
En arrivant à Ramallah par le Check-Point de Qalandia, il faut écouter le taxi lorsqu’il a envie de parler. S’il n’a pas envie de parler, il faut trouver un terrain d’entente, ça tombe bien, il est content de sa Mercedes, nous de la nôtre, c’est parfait. La Mercedes du taxi qui nous amène au centre de Ramallah a 1 million 750 mille kilomètres (en toute lettres c’est plus impressionnant).
En s’approchant du check-point, on ne sait pas pourquoi, on n’a pourtant rien fait de mal, mais on ne fait pas vraiment les malins. On se rappelle ce que veut dire anxiogène.
Une fois qu’on est passé, on se rend compte qu’on respire mieux, pourtant, la 1ère chose qu’on longe, c’est un camp de réfugiés. Comme c’est la nuit, on ne voit pas vraiment à quoi ça ressemble.
Les nuits sont belles dans les hôtels de Ramallah. Et même si dans la rue, jusqu’à minuit et demi, des bulldozers creusent à grands coups de pelle, le double vitrage est du meilleur effet.
Le matin dans un hôtel de Ramallah, quand on commande un thé, le garçon amène un Lipton Yellow. Alors on boit un thé et on sort dans la rue de Jaffa.
On croise des gens qui portent une lassitude, on croit la comprendre et puis on se dit que si ça se trouve, ils sont fatigués de la veille, parce que c’était vendredi. Pourtant, à Ramallah, les arbres aussi sont fatigués.
Ici, il y a des fontaines sans eau, des lions en pierres à la queue coupée. Ici, il y a des rues vides et des rues pleines de monde. Ici, il y a une place immense et tout autour, les drapeaux des pays qui soutiennent
la résolution 194 de l’ONU.
Ici, il y a des files ininterrompues de taxis, entre les chauffeurs, le ton monte vite. Ici, il y a un Stars & Buck café, on le prendrait presque pour un vrai.
Sur la place centrale de Ramallah, il y a des tentes de l’ONU et les portraits des prisonniers qui viennent de revenir. Au distributeur un peu plus loin, on peu choisir entre des billets israéliens ou jordaniens.
Dans la grand’rue de Ramallah, il y a un magasin, on dirait la Samaritaine.
Ici, sur le toit de chaque maison, il y a 4 ou 5 citernes noires (mais ça, il y en a de l’autre côté) et des paraboles. Ici, il y a des maisons démolies, sur les murs, des impacts de balles.
Dans les rues de Ramallah, on voit en bande descendant des rues des filles voilées un livre à la main, on se dit qu’elles vont à l’école.
Ici, il y a partout la police. Hier, le taxi nous a montré l’endroit où elle n’allait pas. Ici, Tania n’a pas le droit de rentrer parce qu’elle est israélienne. Enfin, elle a le droit de rentrer, mais de sortir, on ne sait pas.
Dans les rues de Ramallah, il y a beaucoup de femmes voilées mais très peu sont en noir.
De la vieille ville de Ramallah, il ne reste pas grand-chose (ou elle était petite à l’origine), mais ce qui reste est précieux. C’est la preuve qu’avant il y avait quelque chose, quelque chose avant, on y reviendra.
Ici, au détour d’une rue, accrochée à une maison basse aux murs épais comme une muraille, une porte post-moderne.
On n’avance qu’à pas de nain dans notre connaissance.
Ici, la pression de l’eau du robinet est hypothétique. En sortant de la vieille ville, la rue du couvent orthodoxe porte bien son nom, on y croise des popes.
Au cœur de Ramallah, un magasin sur 4 est une bijouterie. Beaucoup de femmes sont voilées, mais pour la moitié d’entre elles, le voile va parfaitement avec leur jean très serré. La mode est au fond de teint très clair. Les filles en mettent des tonnes. Est-ce pour faire croire qu’elles sont toutes blanches ?
Ici, on peut se tromper, mais on a l’impression que les gens voudraient des fois qu’on regarde leur vie normale. Pourtant il y a des portraits géants de Mahmoud Abbas et de Yasser Arafat et sur la route qui mène à Birzeit, sur un panneau, un affiche colorée : « it’s Palestine’s time »
En arrivant sur la place de Birzeit à 13h42, en attendant Shadi Zmorrod, le directeur de l’
Ecole de cirque de Palestine, on se sent un peu perdu, on a même l’air un peu bête, de plus, il est assez difficile pour nous de paraitre inaperçu.
Tout va mieux au café, on l’écoute. Ici, il y a un collectif de
boycott culturel et artistique d’Israël. On se garde bien croire qu’on sait quelque chose. Ici, on apprend aussi que si Tania veut un jour jouer en Palestine (et on sait qu’elle en a envie), il lui faudra signer un contrat stipulant qu’elle est contre l’occupation de la Palestine, s’engager à laisser publier ce contrat, et par voie de conséquence , renoncer implicitement à jouer en Israël.
Même lorsque l’école sera construite, la plupart des cours de l’école auront toujours lieu à Jenin, à Naplouse, à Bethléem et dans d’autres camps de réfugiés.
Pour aller voir un entrainement, dans le camp de réfugiés de Jalazun, même le directeur de l’école se perd. Dans le camp de Jalazun, les règles de la circulation existent, même si elles sont mystérieuses et connues des seuls autochtones.
Dans la salle d’entraînement dont les murs nus résonnent, les gosses rappellent étrangement ceux dont on s’est occupé quand on était en France, et pour faire une pyramide, c’est le même échauffement, les mêmes mouvements, les même rires quand ça tombe et quand ça tient, la même fierté.












Photos : Patou Bondaz.