Tania's Paradise

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dimanche 30 octobre 2011

Tania says 3

Dans l'avion qui nous ramène

Je voudrais jouer en territoire palestinien. Je voudrais vraiment le faire. Ce n’est pas si compliqué. Je déteste ne pas avoir le droit d’y aller. Pour que les Palestiniens acceptent qu’une israélienne joue de l’autre côté, il faut que je signe un contrat où je déclare être contre l’occupation des territoires. Et que j’accepte que cette signature soit rendue publique. Je suis contre cette occupation. Bien sûr je suis contre. Je veux signer. (Silence.) Si je signe, je serai listée en Israël et je ne pourrais plus y jouer. Il faut que je choisisse. Il faut que je choisisse. Il faut que je choisisse en je ne sais pas pourquoi. Enfin si, je sais mais je ne veux pas choisir. Je sais bien qu’il faut que je signe, mais c’est injuste. Je veux jouer dans la ville où j’ai grandi, dans les endroits que j’ai aimés, où il y a des gens que je connais. Déjà que je me suis exilée depuis 10 ans, je veux jouer pour ma meilleure amie. J’attends un peu lâchement d’avoir un passeport français. Je m’en veux d’attendre ça, je triche. Si ! je triche. Ma sœur, elle, elle signerait tout de suite ! (Silence.) J’ai le droit de tricher un peu ?

samedi 29 octobre 2011

Après le dernier bain de mer

On revient de Nazareth et on en profite pour prendre un dernier bain d'été, avant de rentrer ans l'automne.

On revient de Nazareth et ils sont jolis ces panneaux trilingues, à tous les carrefours, on en voudrait de tout-pareils chez nous. C’est vrai, dans tous ces endroits de France où il y a autant de gens qui parlent l’arabe que de gens qui parlent français, pourquoi le nom des villes n’est-il pas écrit dans les deux langues ? Ce serait beaucoup plus utile et plus gai que de les écrire en français et en provençal, comme ils fleurissent par chez nous.

La pensée en venue à Nazareth, ville arabe remplie de pèlerins et d’habitants chrétiens. Ce pays invite à la réflexion. On a envie de revenir, 15 jours c’est si court, il y a tellement de choses qu’on n’a pas vues, qu’on à effleurées seulement, ou perçues à peine.

C’est un pays comme un boxeur avec sur la poitrine tatoué j’aime maman.

C’est un pays à la fois très ancien et tout neuf, ce n’est pas la moindre de ses antinomies. D’ailleurs, tout s’organise ici en dichotomie contradictoire. Mais cette opposition-là, entre ce pays vieux de 60 ans où tout est à construire, où toutes les routes sont neuves, où les grues semblent se déplacer sans cesse autour d’immeuble en construction, et cette mémoire qui se réclame à juste titre d’une très vieille histoire presque immobile, cette opposition-là crève l’œil et la pensée.

Des oppositions partout. Bien sûr, les dire simplifie dangereusement : Jérusalem la religieuse / Tel Aviv la laïque, ou encore le Ein Hod / Ayn Awd du début de ce carnet de route.

Une jeunesse en mouvement et des parents qui ressemblent à des grands-parents souvent. Cette arrogance et cette timidité. De la gentillesse presque partout d’ailleurs, on s’y habitue très vite.

C’est un pays schizophrénique. On ne s’étonne pas que beaucoup de jeunes le fuient après avoir fait leurs années d’armée.

C’est un pays en guerre, il ne faut jamais l’oublier. À la fois pays d’occupants et pays assiégé.

C’est un pays de survivants aussi. Mais ici le mot survivant a deux significations distinctes, que ce soit celui des survivants, de ceux qui sont revenus des camps, on le sait, mais on perçoit en restant ici qu’il y a un rythme de vie qui s’apparente à la survie. Il faut tout faire vite, vite construire, vite s’aimer. Tout est à conquérir, à défendre. On perçoit que les erreurs et les injustices dont le pays se rend coupable aussi, voire ses outrances politiques, viennent de cette sorte de pente abrupte dont la vie est faite ici et qui oblige à l’urgence.

Mais voilà, on se met à parler un peu trop. Il avait raison Gil Becher, tout ici est politique, on sait que ces simples lignes écrites vont horripiler les uns parce qu’ils y verront une indulgence coupable, les autres une condamnation infondée.

Il faut s’en tenir à juste noter ce qu’on voit, ce qu’on a vu, et revenir ici et de l’autre côté des murs, et inlassablement regarder.

vendredi 28 octobre 2011

questions en vrac

Chaque pays à ses pancartes.

Si vous vous promenez dans le Yosemite, en Californie, vous pouvez lire « Speed kills bears » ce qui veut dire « la vitesse tue les ours » (vous en souriez jusqu’au premier ours brun croisé au bord de la route), dans la Lozère, « Attention troupeau » et en traversant le Negev « Tanks crossing, dust clouds », ce qui, précisons-le pour les anglo-ignorants, signifie « Passage de Tanks, nuages de poussière ». Si on se souvient de l’ours américain, on ne prend pas ce dernier panneau à la légère.

De la même manière, lorsqu’un restaurateur israélien vous propose une salade à la roquette (il y en a), on est en droit de se poser des questions. Hier pendant qu’on revenait du désert, quelques roquettes justement envoyées de Gaza tombaient sur Ashdod, à quoi ? 10 kilomètres de notre route.

En voyage, la curiosité l’emporte.

Une question qui tarabuste par exemple : on trouve toujours plus jolis les alphabets arabes, hébreux cyrilliques. Le sont-ils vraiment ou bien les Arabes, Hébreux et Slavons trouvent-ils du charme à notre alphabet romain ? La question est d’importance, il s’agit de savoir si l’occidental du nord a sacrifié l’esthétique sur l’autel de la rationalité.

En parlant d’écriture, une autre question qui n’a pas grand chose à voir : l’hébreu se lit et s’écrit de droite à gauche, mais les chiffres continuent à se lire et à s’écrire dans l’autre sens ?! Comment fait-on pour prévoir la place, pour changer de sens de lecture à l’intérieur d’une même ligne ? Et le curseur sur le traitement de texte, comment fait-il pour se mettre au bon endroit ? Et à lire, cela décuple-t-il la gymnastique de l’esprit ou au contraire ça le fatigue ?

Autre question encore. Dans toutes les écoles publiques du pays, à partir du CE1 on apprend que le monde a été créé il y a 5000 ans de toutes pièces, la matière doit être importante puisqu’elle est éliminatoire à l’équivalent du baccalauréat. Comment fait-on alors si par hasard on croise un paléontologue ? Est-ce qu’on s’en remet vraiment ?

jeudi 27 octobre 2011

Morte Mer

Quand en venant du sud, on prend la route 90 pour remonter jusqu’à la Mer Morte, on a petit à petit une impression de fin d’humanité. Tout ce que les pires prévisions nous annoncent, tout ce que nous racontent les films d’anticipation, on croit le voir là, dans ce paysage impossible à bien raconter.

Un désert de pierres jaunes, des ravines immenses, des grands rochers sans eau, sans arbres, sans herbe, on n’y imagine aucune bête. Des poteaux électriques les pieds dans des flaques d’eau salée. Ce n’est pas un paysage sec, c’est un paysage dont l’eau s’est retirée. Et puis on voit la mer sans vague, plate et brillante.

On se surprend à imaginer que le monde d’après sera comme ça. On se dit que les écologistes auraient tout à gagner à amener des gens ici, et à leur dire regardez bien et prenez garde, c’est ce qui vous nous arriver si on continue les bêtises.

On a rien vu, c’est plus loin que la science-fiction commence. On arrive au bord de la mer, enfin de la grande mare. À nouveau les hôtels en forme de gros gâteaux, un ballet de petites voiture de golf qui vont et viennent des hôtels aux plages et dedans, des vieux flasques ou adipeux, ils ne font pas à pied les 100 mètres qui les séparent de l’eau.

Arrivés sur le sable rapporté d’une carrière, ils ôtent leur peignoir blanc, entrent dans l’eau et on les voit faire le yoyo dans l’eau saturé de sel où tout flotte. Certains préfèrent faire la planche, voire le culbuto.

C’est un mélange de cocoon et du 5ème élément. Quel jeu radiophonique leur a fait gagner ce séjour décadent et bizarre ? Le pire c’est qu’en entrant soi-même dans l’eau on s’y amuse follement. En en sortant on se nettoie de la mer visqueuse.

Heureusement, ordre immuable du monde, ici aussi, des gens les plus foncés ramassent les déchets que les gens les plus clairs ont fabriqués consciencieusement.


Photos : Patou Bondaz

mercredi 26 octobre 2011

Eilat

Des cargos à l’ancre et des bateaux de guerre. En face les montagnes rouges et désertes de la Jordanie. Une barrière de corail et des poissons qu’on n’a jamais vus. Du vent, une légère houle, se baigner n’est pas rassurant.

Des hôtels qui rappellent ceux de Miami, ils font 25 ou 30 étages, ils ressemblent à des gâteaux de marbre, à l’intérieur, on doit y jouer aux machines à sous.

Des terrains vagues et des tentes de bédouins en contrehaut de la route qui conduit à la frontière égyptienne.

On y parle énormément le russe, c’est la quatrième langue sur les panneaux. Ici, pas de bruit d’avions de chasse, mais celui des moyen-porteurs qui ramènent des touristes de tous les coins du pays.

Un Club Med, fermé comme un bunker, mais on est tellement habitué aux barrières qu’on ne s’en étonne pas.

Des centre commerciaux énormes, normal, on est dans une zone franche.

En partant, on se dit à la fois qu’on a bien fait de venir et qu’on ne reviendra plus.

mardi 25 octobre 2011

Tania says 2

La dernière fois, je suis venue ici sans poussette pour ma fille. Ma mère m’avait dit qu’ils avaient toujours celle de ma petite sœur. Déjà ça a été toute une histoire de la retrouver mais quand je suis tombé dessus…

La poussette est protégée, elle est anti armes chimiques. Ma petite sœur est née en 1990, pendant la première guerre du golfe et on s’attendait à ça tout le temps. Je me souviens du bruit des sirènes, mais surtout qu’on écoutait la radio tout le temps et que juste avant les alertes, il y avait à la radio un bruit très particulier.

On allait dans la pièce protégée. Le matin on partait à l’école avec le masque à gaz. Moi c’était l’horreur, je le perdais tout le temps. On faisait des exercices de sécurité tous les jours et je ne savais jamais où je l’avais laissé. Je ne devais pas le supporter !

(Gilles se souvient de la même chose, au même âge, mais avec un appareil dentaire qu’il perdait tout le temps. Appareil dentaire/masque à gaz, une bonne partie du sens du spectacle est dans le creux de ces réalités)


Photos : Patou Bondaz

lundi 24 octobre 2011

Désert

Il n’y a qu’une route pour arriver à Kmehine, au centre du désert du Negev, une seule route et elle est fermée. Autour du village il y a des barbelés et une seule porte. Devant cette porte une guérite, dans la guérite un gardien. Il vous laisse entrer assez facilement. Sortir ne pose aucun problème. Lorsqu’on passe quelques heures à Kmehine, on finit par se rendre compte que le bruit des avions de chasse ne s’est pas arrêté.

Pour faire ses courses dans un supermarché il faut faire 75 km, on les fait donc une fois par semaine en faisant une liste longue et précise. Dans le bac à sable de Kmehine, là où jouent les enfants, il n’y a ni manège, ni toboggan. Il y a 7 appareils de musculation adaptés aux petites tailles, on peut y travailler les abdominaux, les mollets, les cuisses, les biceps, les pectoraux, les trapèzes ou les dorsaux dès l’âge de 5 ans.

Dans le village à côté de Kmehine, à Nizana, là aussi on entre par un chemin unique et fermé par une grande grille orange qui coulisse très lentement, le gardien dans sa guérite est plus regardant.

La chambre d’hôte dans laquelle on habite est un cube (ça, on commence à s’y habituer), une des deux chambres est une pièce de confinement qui dispose d’une porte blindée, d’une aération renforcée qu’on peut refermer hermétiquement en resserrant 6 boulons de diamètre 14, de la peinture fluorescente sur chaque angle au cas où on devrait rester dans le noir assez longtemps et des murs épais de 30 cm. Dans la chambre d’hôte de Nizana, il ne peut rien vous arriver.

Sur la route qui va de Kmehine à Nizana, une voiture qui passe sur 2 est un véhicule blindé, on est à 1 km. de la frontière.

Au reste, Nizana est un village écologique et on y dessalinise de l’eau pour y cultiver des tomates cerises. À quelques kilomètres de là, on peut manger des pizzas dans une des cases d’Ezuz, dont le toit est en feuilles de bananier. Le patron parle français, on y boit du très bon vin blanc. Pas besoin de l’importer, il y a dans le Negev des vignes de grande qualité.

En buvant de cet excellent vin, on apprend que Jessica, la sœur de Tania, enseigne l’hébreu aux réfugiés ukrainiens et éthiopiens qui passent par la frontière égyptienne, et que son mari est payé par le gouvernement pour tenter d’intégrer les tribus bédouines. Ça n’a pas l’air très facile, mais il ne se désespère pas d’avancer.

Quand on part vers le grand cratère de Mizpe Ramon, on traverse un littoral étrange. C’est un littoral de sable. Exactement comme un bord de mer mais fait de vagues de sable qui mangent petit à petit les cailloux. On se dit que le désert avance. Au retour, quand il est éclairé par le soleil couchant, on n’est pas loin d’un paradis âpre et sévère. En marchant un peu dans le fond du cratère, dans les endroits autorisés, on entend souvent des explosions pas si lointaines. L'expression Firing Zone, do not enter, danger, sur les panneaux d'indication, est tout a fait justifiée.

Heureusement le long de la route il y a des dromadaires, c’est un cliché qui décontracte, et dans Mizpe Ramon, au pied des maisons, des espèces de mouflons ou de bouquetins qui, sauvages sans être farouches, se laissent gentiment photographier.

dimanche 23 octobre 2011

Tania says

J'ai appris à l'école qu'ici avant il n'y avait rien. C'est ce que j'ai appris à l'école. Et je l'ai cru. Je l'ai cru, je les ai crus. Jusqu'à ce qu'un jour, je ne sais plus pourquoi on parlait de ça avec ma sœur et je lui dise "Mais quand même avant il n'y avait rien", elle s'est mise en colère, un peu en colère parce que c'est ma sœur et qu'elle est gentille, et m'a prise par la main. On est allé pas loin de chez nous, voir une femme arabe. Je la connaissais, je l'avais vue avant. Ma sœur lui a dit "Montre-lui la clé". La femme ne voulait pas, ma sœur a insisté "Montre-lui, je te dis. Elle parlait en arabe, je ne savais même pas que ma sœur parlait arabe. La femme est allée dans sa maison et elle est revenue avec une clé dans la main, la clé d'une maison qui avait été à elle et qui ne l'était plus, et j'ai reconnu la clé de notre maison.


Tania et ses sœurs

samedi 22 octobre 2011

Ici 2, inventaire subjectif

Ramallah, West Bank.

Lasciate ogni conoscenza.

En arrivant à Ramallah par le Check-Point de Qalandia, il faut écouter le taxi lorsqu’il a envie de parler. S’il n’a pas envie de parler, il faut trouver un terrain d’entente, ça tombe bien, il est content de sa Mercedes, nous de la nôtre, c’est parfait. La Mercedes du taxi qui nous amène au centre de Ramallah a 1 million 750 mille kilomètres (en toute lettres c’est plus impressionnant).

En s’approchant du check-point, on ne sait pas pourquoi, on n’a pourtant rien fait de mal, mais on ne fait pas vraiment les malins. On se rappelle ce que veut dire anxiogène.

Une fois qu’on est passé, on se rend compte qu’on respire mieux, pourtant, la 1ère chose qu’on longe, c’est un camp de réfugiés. Comme c’est la nuit, on ne voit pas vraiment à quoi ça ressemble.

Les nuits sont belles dans les hôtels de Ramallah. Et même si dans la rue, jusqu’à minuit et demi, des bulldozers creusent à grands coups de pelle, le double vitrage est du meilleur effet.

Le matin dans un hôtel de Ramallah, quand on commande un thé, le garçon amène un Lipton Yellow. Alors on boit un thé et on sort dans la rue de Jaffa.

On croise des gens qui portent une lassitude, on croit la comprendre et puis on se dit que si ça se trouve, ils sont fatigués de la veille, parce que c’était vendredi. Pourtant, à Ramallah, les arbres aussi sont fatigués.

Ici, il y a des fontaines sans eau, des lions en pierres à la queue coupée. Ici, il y a des rues vides et des rues pleines de monde. Ici, il y a une place immense et tout autour, les drapeaux des pays qui soutiennent la résolution 194 de l’ONU.

Ici, il y a des files ininterrompues de taxis, entre les chauffeurs, le ton monte vite. Ici, il y a un Stars & Buck café, on le prendrait presque pour un vrai.

Sur la place centrale de Ramallah, il y a des tentes de l’ONU et les portraits des prisonniers qui viennent de revenir. Au distributeur un peu plus loin, on peu choisir entre des billets israéliens ou jordaniens.

Dans la grand’rue de Ramallah, il y a un magasin, on dirait la Samaritaine.

Ici, sur le toit de chaque maison, il y a 4 ou 5 citernes noires (mais ça, il y en a de l’autre côté) et des paraboles. Ici, il y a des maisons démolies, sur les murs, des impacts de balles.

Dans les rues de Ramallah, on voit en bande descendant des rues des filles voilées un livre à la main, on se dit qu’elles vont à l’école.

Ici, il y a partout la police. Hier, le taxi nous a montré l’endroit où elle n’allait pas. Ici, Tania n’a pas le droit de rentrer parce qu’elle est israélienne. Enfin, elle a le droit de rentrer, mais de sortir, on ne sait pas.

Dans les rues de Ramallah, il y a beaucoup de femmes voilées mais très peu sont en noir.

De la vieille ville de Ramallah, il ne reste pas grand-chose (ou elle était petite à l’origine), mais ce qui reste est précieux. C’est la preuve qu’avant il y avait quelque chose, quelque chose avant, on y reviendra.

Ici, au détour d’une rue, accrochée à une maison basse aux murs épais comme une muraille, une porte post-moderne.

On n’avance qu’à pas de nain dans notre connaissance.

Ici, la pression de l’eau du robinet est hypothétique. En sortant de la vieille ville, la rue du couvent orthodoxe porte bien son nom, on y croise des popes.

Au cœur de Ramallah, un magasin sur 4 est une bijouterie. Beaucoup de femmes sont voilées, mais pour la moitié d’entre elles, le voile va parfaitement avec leur jean très serré. La mode est au fond de teint très clair. Les filles en mettent des tonnes. Est-ce pour faire croire qu’elles sont toutes blanches ?

Ici, on peut se tromper, mais on a l’impression que les gens voudraient des fois qu’on regarde leur vie normale. Pourtant il y a des portraits géants de Mahmoud Abbas et de Yasser Arafat et sur la route qui mène à Birzeit, sur un panneau, un affiche colorée : « it’s Palestine’s time »

En arrivant sur la place de Birzeit à 13h42, en attendant Shadi Zmorrod, le directeur de l’Ecole de cirque de Palestine, on se sent un peu perdu, on a même l’air un peu bête, de plus, il est assez difficile pour nous de paraitre inaperçu.

Tout va mieux au café, on l’écoute. Ici, il y a un collectif de boycott culturel et artistique d’Israël. On se garde bien croire qu’on sait quelque chose. Ici, on apprend aussi que si Tania veut un jour jouer en Palestine (et on sait qu’elle en a envie), il lui faudra signer un contrat stipulant qu’elle est contre l’occupation de la Palestine, s’engager à laisser publier ce contrat, et par voie de conséquence , renoncer implicitement à jouer en Israël. Même lorsque l’école sera construite, la plupart des cours de l’école auront toujours lieu à Jenin, à Naplouse, à Bethléem et dans d’autres camps de réfugiés.

Pour aller voir un entrainement, dans le camp de réfugiés de Jalazun, même le directeur de l’école se perd. Dans le camp de Jalazun, les règles de la circulation existent, même si elles sont mystérieuses et connues des seuls autochtones.

Dans la salle d’entraînement dont les murs nus résonnent, les gosses rappellent étrangement ceux dont on s’est occupé quand on était en France, et pour faire une pyramide, c’est le même échauffement, les mêmes mouvements, les même rires quand ça tombe et quand ça tient, la même fierté.

Photos : Patou Bondaz.

vendredi 21 octobre 2011

Au pied des murs

Gil Becher nous l’avait dit : Ah ! Vous allez demain à Jérusalem, bienvenu dans le Disneyworld de la religion.

Il avait raison. Il y a pire que les Villes-Musées, ce sont les Villes-Pèlerinages. On cherche la ville réelle, pleine de gens, on cherche des Hiérosolymitains ? Non ce n’est pas vrais des gens il y en a plein, en plus on est arrivé par un des plus merveilleux marchés couverts de la ville, on a senti les odeurs, on s’est serrés comme des sardines, et même là, on a trouvé drôle ces foules d’orthodoxes qui faisaient leur courses, mais arrivés dans le saint des saint, alors là pardon, c’est Lourdes-sur-Jourdain. Et que personne ne nous parle de foi, ici la foi n’a pas de place, c’est son commerce qui fait la loi. S’il ne s’en était pas relevé vivant après 3 jours de mort à Pâques, il se retournerait dans sa tombe, celui qui pestait contre les marchands du temple !

Mais après tout il ne s’agit pas de cela. Ça il vaut mieux l’oublier, se dire qu’on y retournera un jour où tout le monde est ailleurs, ou alors en pleine nuit, qu’on respirera tranquillement l’air sacré de la ville.

Le voyage est ailleurs, il commence dans un taxi qui nous amène de la porte de Jaffa au check point de Qalandia. C’est qu’en quoi ? 2 ou 3 km, on passe de la muraille blanche et calme de la vieille ville au mur de béton gris qui isole le territoire palestinien.

La proximité de ces deux murs est tellement injurieuse, on a beau ne pas vouloir décider, et même sans décider de rien, cette proximité est tellement indécente. En même temps elle parait si vaine.

Et maintenat qu'on passe en taxi devant ce raccourci d'injustice, on revoit tous les murs qu'on a vu, on ne marle même pas de tous ces murs tombés ou inutiles, de la muraille de chine au mur de Berlin, des murs de la Bastille aux barbelés de l'arizona laissant passer chaque nuit ses flots de Mexicains, non, tous ces murs qu'on vient de voir depuis qu'on est arrivé dans la ville, il y en avait partout, combien déjà, pfiou, encore un petit croquis !

Ca fout le vertige, et ce qu’on sait dans ce taxi qui roule trop vite à l'ombre des barbelés, la seule chose qu’on sait, c’est que pas plus que la muraille immense et épaisse n’a protégé la vieille ville de la destruction romaine, de celles des croisés, de l’invasion des Ottomans, de celle plus pernicieuse des vieilles puissances européennes, ce mur frêle de béton flanqué de ses chevaux de frise ne protègera la ville de ce qu’elle redoute ou de ce qu’elle répugne à voir ou à tolérer.


photos : Patou Bondaz

jeudi 20 octobre 2011

Lignes de faille

Lorsqu’après avoir passé les marais salants et les bananeraies de la route 4, on prend à droit la route qui monte vers le village de Gil Becher, il y a deux flèches qui étonnent. L’une indique En Hod, l’autre Ayn Hawd. Enfin on ne s’en étonne pas tout d’abord, on se dit que le village est indiqué dans deux langues. Mais quand s’élève un peu, les deux flèches qui jusque là indiquaient la même direction divergent tout à coup.

C’est Gil qui nous a expliqué. Hen Hod (c’est le village qu’il habite, village d’artistes inventé dans les années 50), est un ancien village arabe, et lorsque les colons juifs sont venus, les arabes ont construit un nouveau Ayn Hawd un peu plus haut.

Si ce n’était que ça ! Cette route qui ne doit pas durer plus de 15 kilomètres en a de belles à raconter. De la mer où le krak des Templiers d’Atlit s’entoure d’un terrain archéologique confisqué par l’élite des commandos de sous-mariniers, à quelques km au dessus où la route sépare Nemir Orde, école fermée pour jeunes immigrants russes, et Nir Ezion, un Mochav (sorte de Kibboutz régie par d’autres règles) religieux, Mochav qui, entre nous, loue au milieu de ses cultures un hangar à Gil pour qu’il y fasse un théâtre.

Encore plus haut sur la route, presque au bout, on arrive à Dalhia del Carmen et à Usufya, deux villages Druzes perdus en haut de la colline.

On se croirait presque au centre du monde, au centre de la séparation, comme si cette route là racontait autant Israël qu’Israël raconte le monde.

Car ce qu’on comprend, mais putain on n'y comprend rien ! Il faut faire un dessin.


Bon, ce qu’on croit comprendre, ou saisir, ou entrevoir, en mettant le pied ici, c’est que ce n’est pas un autre monde, c’est juste le monde en plus concentré, juste comme si on mettait le pied sur une faille entre deux plaques tectoniques au moment même où la terre se décide à trembler.

Au reste, ce bout de colline a une autre bizarrerie. À deux pas de notre village, il y a une vallée qui a pour particularité d’être en son milieu la ligne de partage entre les insectes d’Europe et les insectes d’Orient. Comme dit Gil, « Même quand tu pètes ici, ça devient politique ».

Après, la vie continue, on mange des pizzas on boit de la bière faite au village, on se baigne, on achète des fruits, les gosses pleurent quand ils sont fatigués, ça rigole fort… Au cœur de ce tremblement, on a passé une très bonne journée.


Photos : Patou Bondaz

Surprises

C'est la 1ère fois qu'on achète un café dans une librairie religieuse et oecuménique, tenue par des arabes ne parlant pas Hébreu, qui entre 2 cafés qu'ils servent lisent le coran et le commentent entre eux. Voilà Haïfa !

A côté de la devanture de cette librairie, qui rappelle Lourdes, un autre magasin ne vend que des robes panthères ! Voilà Haïfa.

Le consulat de France se situe dans les quartier des dentistes. Des dentistes partout. Voilà Haïfa.

1er dommage collatéral de la libération de Gilad Shalit, le consul qui devait nous recevoir n'est pas là. Mais en échange on va voir Yoni, le directeur du centre culturel français, qui est très gentil et on rigole bien (d'ailleurs les gens sont plutôt très gentils ici, c'est agréable). Et Yoni est de très bon conseil quand il s'agit de trouver un endroit pour grignoter.

C'est la 1ère fois qu'on mange dans une station service un goulash succulent et des boulettes recouvertes de sésame, le tout devant la mer et un train qui passe et repasse en tout sens. Voilà Haïfa.

On digère à la plage. On tombe d'accord : c'est la première fois qu'on se baigne dans une eau aussi chaude (à part Tania qui vient d'ici et nous dit crânement, c'est toujours comme ça). Combien ? 30, 31° cette méditerranée là avec ses petits rouleaux.

Retrouver ou trouver Orit, enceinte jusqu'au yeux et les laisser parler, Tania et elle, de leur pays. C'est la première fois qu'on entend deux jeunes femmes dire : ça a changé à la dernière guerre, tu ne trouve pas ?

Surpris encore dans le 1er supermarché où on va, de constater que les rayons ressemblent comme 2 gouttes d'eau aux nôtres.

Le soir pendant le repas, demander à Kimberly la petite soeur de Tania si elle veut bien que Gilles l'interviewe. Faire la même demande à la grand mère. Elles disent oui. Ne pas avoir besoin de faire la même demande à sa maman qui en parle si bien sans qu'on l'interroge !


Les photos : Patou Bondaz.

mercredi 19 octobre 2011

Illusions d'optique

En entrant dans Tel Aviv, une impression, mais on est peut être saisi d'une illusion d'optique : cette ville n'est qu'un seul quartier immense. une sorte de ville basse un peu démolie où se sont posées n'importe où, et sur toute la ville, des tours ultra modernes.

On arrive par la mer et on s'enfonce un peu, ça continue : on est en Amérique. Ce ne sont pas les mêmes gens, pourtant cet arrière petit goût de Brooklyn ou de San Francisco. L'impression de remonter Mission ou Valencia street. C'est la même façon de passer insensiblement des foules populaires aux endroits plus branchés, puis plus chics, les même cafés pleins, les mêmes échoppes dont on se demande si elles ont poussé la nuit... Et ce sentiment que tout le monde est "busy".

Aujourd'hui c'est la libération de Gilad Shalit et les images tournent en boucle sur toutes les chaines. Drôle d'impression encore. Les télévisions israéliennes montrent tout, elles vont interviewer les Palestiniens qui font la féte dans la bande de Gaza et on fait des comparaisons étranges : on n'imagine pas un journaliste français aller interviewer un ennemi après une bataille. Aussitôt la comparaison faite on se trouve ridicule: rien n'est comparable et surtout, on le sent bien, essayer de comprendre est vain !

samedi à Ramallah, on ouvrira les yeux, les oreilles et les yeux !


Photos : Patou Bondaz

mardi 18 octobre 2011

Ici, inventaire subjectif.

North Israël, before Akko.

C'est un pays plein de lignes électriques et d’habitations cubiques ou rectangulaires, les routes ont toutes l'air d'être toute neuves. C'est un pays plein de soldats, ils marchent au bord des routes, ils ont seuls ou en groupes au bas d'un camion, ils mangent devant des baraques installées rien que pour eux où on leur distribuent des sandwiches et des bières gratuitement.

Ici, sur les bandes d'arrêt d'urgence, il y a souvent des voitures arrêtées par 3 ou 4 qui transvasent des paquets d'un coffre à l'autre. Ici, le désert n'est jamais loin.

Ici, un aqueduc romain à moitié enterré est coupé par le bitume de la route. En sortant du tunnel qui traverse Haifa, les échangeurs sont de taille suraméricaine. Ici, les feux verts (il y en a tout les 200 mètres, quelle que soit la route !) clignotent avant de passer à l'orange. Ici, il y a des fois des chandeliers à sept branches de 7 mètres de haut fixés sur des toits de magasin.

Ici, il y a des panneaux qui disent Nazareth, Césarée, Mont Carmel... Ils sont écrits en trois langues.

Ici, il y a une fête des cabanes, on y fabrique des cabanes selon des règles particulières. Il faut y voir les étoiles, par exemple.

Ici, quand on met l’autoradio, on tombe facilement sur une radio militaire.

Dans la maison de Tania, la 1ère chose qu'on nous a montré, c'est la pièce sécurisée avec sa porte et ses murs épais, s'il y a une alerte, on s'y enferme.

En arrivant à Saint Jean d'Acre, la première chose qu'on voit dépasser de la ville c'est une Mosquée. A saint Jean d'Acre, à côté de la vieille ville, il y a une caserne devant la méditerranée. Ici, la mer n'est jamais loin.

Les Mosquées à Akko sont blanchies à la chaux et leur dôme est vert. Au festival d'Akko, pendant le beat d'un ballet de danse alternative, le muezzin se met à appeler à la prière. Ici, il y a des femmes voilées, elles viennent elles aussi voir des spectacles. A Akko, il faut chercher la synagogue.

Ici, à la mi-octobre, la nuit tombe un peu avant 5 heures du soir. A tous les rond-points, les palmiers sont éclairés en vert pomme. La nuit les mosquées restent vertes, mais elles héritent comme les palmiers des même projecteurs colorés.

Sur le chemin du retour des centrales thermoélectriques. Ces caténaires, ces centrales... ce pays dévore l'énergie.


Photos : Patou Bondaz

lundi 17 octobre 2011

Tania's Paradise

Un journal de voyage de la compagnie de théâtre forain Attention Fragile en Israël.

C'est à la fois un journal de voyage et un journal de création... Nous voilà pour 15 jours ici à nous promener et à rencontrer des gens et des choses, sans vouloir forcément comprendre, mais d'abord connaître, dans une première étape de création.

Bon voyage avec nous !