Ça y est, on se demandait quand ça allait arriver mais ça y est…

Les jours derniers, un gamin de 10 ans, ceinturé d’explosifs, s’est fait exploser sur une cible.

(silence)

On essaie de parler, ça ne marche pas. On essaie de penser, ça ne marche pas. On se tait.

Pourtant on est pas forcement de ceux qui pensent qu’une vie d’enfant vaut a priori plus qu’une vie d’adulte, une vie de 10 ans plus qu’une vie de 20.

Mais là on se tait. Ce qu’on savait encore explose à son tour à l’intérieur de la tête. On a du sang de cette explosion là dans les yeux, dans les cheveux, il en est rentré dans la bouche.

On se prend à espérer que le paradis qu’on a promis à ce gosse existe au moins pour lui, qu’il y est, qu’il y recolle ses morceaux.

On baisse les bras.

Je me demande si j’ai le droit de faire du théâtre. En ce moment. En ce moment précis où un gosse de 10 ans, ceinturé d’explosifs, se fait exploser sur une cible.

Je ne sais pas. Je suppose qu’il y a mieux à faire. Que nous devrions tous ne passer notre vie qu’à travailler à éviter cela.

Je ne sais pas

Une autre voix me dit qu’en faisant ce théâtre, justement, je propose une autre héroïsme que cet héroïsme barbare et mortifère, tellement masculin, des guerriers et des kamikazes. L’héroïsme vivant des porteurs d’eau et des sages-femmes.

Je n’ai aucune réponse, je vois juste ce môme avancer avec ce poids sur la ceinture, vers l’endroit plein de gens qu’il ne connaît pas…

En se faisant sauter, il détruit ma pensée, il détruit ma vie, il me dévaste, il me ravage…

Joyeux noël.

Gilles, 14 décembre.