Je ne partirai pas en vacances tranquille.

Juillet a mal commencé. Sans doute a-t-on d’autres chats à fouetter avec le coffre à charger, l’itinéraire à peaufiner, les sandwiches à faire,mais je crois qu’on aurait tout intérêt à ne pas oublier qu’un de nos plus célèbres élus à déclaré il n’y a pas si longtemps, avec bonhomie, vigueur et fierté, qu’il allait nettoyer une cité au Karcher.

J’ai presque honte de n’être pas illico descendu dans la rue, et je m’étonne encore de la politesse des réactions journalistiques, politiques ou citoyennes, de la rapidité avec laquelle tout cela s’est oublié…

Je ne suis pas un as de la linguistique, mais j’ai appris moi aussi des poésie à l’école, et en 6ème, déjà, ma professeur de français m’apprenait ce qu’était une métaphore.

Et je m’affole en imaginant l’étendue des symboles et des lectures possibles qu’elle aurait trouvée à la lecture de cette aphorisme : « Nous allons nettoyer la cité des 4000 au Karcher ! »

Outre l’assonance exquise, QUATRe mille/KARcher, Elle nous aurait parlé de la puissance de l’évocation imagée de ce nombre 4000, (on imagine la foule, la multitude inquiétante), Du rythme militaire (Nous allons-3 temps, nettoyer-3 temps, la cité-3 temps, des 4000-3 temps, au Karcher-3 temps), et évidemment du symbole délicat de la blancheur retrouvée, de la purification…

Bref ! Tout un poème !

Bien mieux écrit pourtant que d’autres plus célèbres (« dégraisser le mammouth » ou « détails de l’histoire »), qui auront eu une destinée plus glorieuse. Mais c’est vrai qu’il n’avaient pas eu la chance d’être écrits par un artiste en vogue, la coqueluche des salons.

Non vraiment, autant de poison distillé dans une si courte phrase va me gâcher les vacances.

Je me console alors en imaginant que je ne serai pas le seul, et que tous ceux qui ont un peu d’espoir en l’homme, en la fraternité, tous ceux qui voudraient s’attaquer aux causes plutôt qu’aux effets, tout ceux qui, tout en disposant d’un ego de taille honorable, ne mettent pas tous leur actes ou leurs paroles à sa disposition, je me console, disais-je, en imaginant que tous ceux là ont pleuré comme moi.

Mais l’autre jour, alors que j’imaginais sous quel chef d’inculpation on pourrait attaquer l’auteur de cette maxime, je me rappelais qu’Al Capone (la comparaison me plaît), fut inculpé en son temps pour fraude fiscale alors qu’il avait tant de sang sur les mains, et qu’on pourrait bien jouer le même tour pendable à notre auteur en l’accusant, non pas d’incitation au racisme, de démagogie honteuse, de mépris pour tous ceux qui se décarcassent pour que ça aillent mieux (délits qui ne sont malheureusement pas encore entrés dans le code civil), mais tout simplement de citer une marque, ou même que le PDG de Karcher lui-même attristé par tant d'emportement intente un procès pour dégradation de l’image de sa firme.

C’est peu d’espoir, mais ça me fera tenir jusqu’à la rentrée !

Gilles.