Notre goût esthétique, ou plutôt ce qui le forge depuis les temps modernes, est le fruit d’un malentendu.

C’est la pluie et le vent qui, en effaçant lentement les peintures qui recouvraient les statues et les temples grecs, nous ont fait prendre goût, dès la renaissance, à la sobriété et au classicisme des formes, à la pureté des lignes.

Mais si rien n’était venu délaver les couleurs vives du Parthénon ou du drapé de la Venus de Milo, peut-être n’aurions-nous jamais imaginé en Europe que l’art pouvait être autre chose que cette représentation exacerbée, colorée et festive, de la vie.

Et oui ! Les statues grecques avaient la chair rose ou brune, les tuniques vertes, bleues, ou jaunes. Les colonnes des Temples étaient grenats. On a du mal à imaginer, et surtout à visualiser tout cela.

Je l’oublie moi-même régulièrement, et c’est souvent en création que ça me revient, lorsque, étonné de cette fringale de couleurs qui nous prend, une voix plus orthodoxe me dit —Soit raisonnable, un peu de noir et blanc… Aussitôt, l’image des temples grecs me revient et je jette le noir et blanc aux orties.

C’est cette fois-ci en tournée à la Réunion que ça m’est revenu, sans doute parce qu’en escale à Saint André où vit une importante communauté Tamoule, on croise des temples bigarrés et joyeux à tous les coins de rues et qu’il faut bien le dire, à côté des ces temples, la plupart des église ont l’air de hangar à bateaux.

Si j’étais un enfant, j’imagine à quels dieux j’aimerais mieux croire.

Aussi, ça me rassure de me rappeler qu’aux racine de la culture qui a forgé l’Europe, il y avait, surplombant la Méditerranée, entre le thym et les oliviers, des temples bariolés, et des statues de Dieux dorés, mauves, fauves, violets, roses, cuivres, pourpres, turquoises…

Oui ! Cette saison encore, place à la couleur !

Gilles, à Saint-Benoit de la Réunion, 7 septembre.