Que faisions-nous le 23 février ? Lorsque quelques parlementaires ont voté au milieu de la nuit une loi imposant aux programmes scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et d’accorder à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.»

Comme c’était la nuit, on dormait. On ne se doutait de rien.

C’est dommage ! Parce que côté positif, on aurait bien eu quelques propositions à faire, nous aussi, vu que sans Hitler, l’Allemagne aurait moins d’autoroute (c’est incontestable, comme il est incontestable qu’il a résorbé, lui, le problème du chômage), et surtout que, sans l’esclavage, les noirs n’auraient jamais inventé le jazz.

Non mais vraiment !

Ils nous prennent pour qui ? Qu’est-ce qu’ils veulent nous vendre ? Quel signe nous envoient-ils ? (Puisque la politique consiste à cette heure, non plus à accomplir des actes, mais à donner des signes). Le message est trop grotesque pour ne pas cacher quelque chose.

Grappiller quelques voix ? il y a des moyens plus subtils.

À moins que…

À moins que, et vous comprendrez pourquoi je parle de cette loi à cette heure où le torchon brûle, tout ceci participe à cet engouement pour les choses passées, et qu’il s’agisse d’un des actes de résurrection d’un temps révolu mais rassurant.

Car après avoir ressorti petit à petit le « couvre feu », l’apprentissage à 14 ans, le « patriotisme économique », il ne reste plus qu’à exalter auprès des gosses notre feu empire colonial. Après tout ça devrait marcher dans un pays qui préfère Les Choristes à Elephant.

Mais l’usage de cette rhétorique périmée, fruit d’une politique rance, qui tente en semant à la fois et l’effroi et le calme, de nous tenir en laisse, se suffit tellement à elle-même qu’elle dispense chacun de penser le monde.

Que le monde nous fasse peur, c’est entendu, mais doit-on l’ignorer à ce point ? Qui (je parle des politiques) va réellement prendre la modernité à bras le corps pour inventer quelque chose, plutôt que d’essayer de nous vendre les mérites de la IIIème république ?

Vous me direz, j’ai beau jeu de dire ça, après avoir monté la Guerre des Boutons. J’entends l’attaque, et je me la fais parfois à moi-même, mais je voulais parler de la guerre, pas forcément du temps des plumes Sergent-major et des encriers. C’est une fois le spectacle créé que je me suis rendu compte de l’emprise de la nostalgie.

C’est en tout cas une raison suffisante pour que le prochain parle de d’aujourd’hui, et sans détours.

Je vous le jure, je me le promets.

Gilles, 11 novembre 2005.