C’est un joli mot, "commerce".

C’est un mot joyeux et clair.

En plus Commerce rime avec Perse, ce qui suffirait à rêver… Marco Polo faisait commerce Avec le royaume de Perse

Les grands commerçants ont d’abord été de grands voyageurs, de grands porteurs et transporteurs de rêves. Drapiers du Nord, marchands d’épices, joailliers ambulants…

Et si ça ne suffisait pas, commerce a un autre sens. Le commerce des hommes, disait Jean-Jacques Rousseau. Le commerce, la compagnie, un échange tempéré par une amitié implicite.

(Commerce est aussi le nom d’une revue de poésie, disparue, puis ressuscitée sous un nouveau nom : le Nouveau Commerce.)

Oui, vraiment, c’est un joli mot, commerce.

Mais pourquoi, me direz-vous, me faire en ce début de saison le défenseur d’un mot ?

C’est que j’ai entendu tout l’été, en Avignon, des collègues me dire : « Nous ne sommes pas des marchands, nous faisons autre chose. », alors que je vois, moi, que nous ne faisons rien d’autre que d’acheter et vendre, rien d’autre chose que le commerce du plaisir.

Avignon est un bon exemple de nos contradictions (et c’est plus criant encore depuis que 2003 et les questions de l’intermittence ont remis au cœur de nos questions les notions d’entraide et de solidarité), Avignon, donc, est un bon exemple de nos contradictions, où se dévoile l’univers le plus néo-libéral qui soit, et où, malgré toutes nos dénégations pieuses, semble se jouer le pur modèle américain : apparente égalité des chances, ascensions fulgurantes, succès foudroyants, débâcles, faillite, banqueroute, endettements, amoncellements publicitaires, promotions en tout genre (2 places pour le prix d’une, gratuit les 3 premiers jours !), marchandage sur le prix des spectacles… j’en passe et des meilleures.

Oui, Avignon est le bon exemple d’un espace commercial, et même d’un commerce en pleine vitalité, plutôt prospère à le regarder globalement, et qui est loin de fonctionner selon un modèle sage et régulé, mais plutôt comme une joyeuse anarchie libérale, uniquement réglé sur les lois de son petit marché.

Et je voudrais bien qu’au lieu de se poser uniquement comme les défenseurs d’un autre monde, monde de création, d’expression, monde de sens, et surtout qu’au lieu de regarder les marchands avec mépris, les pauvres clients avec condescendance, bref, les autres, les requins et les dupes, tous ceux qui vivraient dans l’ignorance des « vraies choses », des valeurs merveilleuses que nous défendons, je voudrais bien, oui, qu’au lieu de cette vanité-là qui nous atteint parfois, nous acceptions avec franchise d’être ce que nous sommes et qui n’est pas honteux, de simples marchands.