Chacun son volcan. Le mien est jaune est blanc, tout petit, immense vu d’en bas. Il s’appelle Fournaise.

Dimanche c’est la dernière. La dernière… depuis vingt-cinq ans que je fais l’acteur, je n’ai jamais prononcé ce mot. Jamais arrêté un spectacle, enfin, arrêté si, mais jamais décidé d’arrêter, j’ai joué des dernières fois, mais sans jamais savoir que c’en était.

Je devrais être heureux, jouer une dernière, je l’ai toujours réclamé, notamment à Guy, le metteur en scène du Théâtre du Kronope avec qui je suis resté si longtemps, Guy Simon qui y était pour le coup particulièrement réfractaire. Faisons une dernière, Guy, faisons une dernière et faisons-en une grande fête. Silence radio.

Comme j’ai pesté devant ce refus, comme je l’ai trouvé puéril.

Devenant à mon tour metteur en scène, j’en ai fait un précepte, que dis-je un précepte ? un idéal. Comme on ne peut pas jouer tous les jours comme si c’était la première fois, jouons comme si c’était la dernière fois. Combien de fois j’ai pu le dire, aux autres comme à moi.

Le mythe de la dernière fois ne se limite pas au spectacle. À mon dernier repas… comme dirait l’autre. Faisons un dernier voyage. Faisons l’amour une dernière fois, joue contre joue… Se retourner une dernière fois et partir. etc. etc. Tout cela doit nourrir notre romantisme glouton.

Voilà, on y est. Je devrais être heureux, enfin mon rêve se réalise. On va faire une dernière, ce sera une grande fête. Tiens ! je devrais téléphoner à Guy, lui dire ça d’un ton triomphant. Tu parles ! À voir cette dernière arriver à grands pas, ça ne me semble plus si chouette.

Chacun son volcan. Le mien est jaune est blanc. Il s’appelle Fournaise.

Ciao amore !

Gilles, à Villeneuve-sur-Lot, deux jours avant la dernière éruption.