On dit Molière… Molière par ci Molière par là… Vous ne vous imaginez pas combien de fois on nous compare à Molière, oh ! Par gentillesse, « votre roulotte, on se croirait revenu du temps de Molière », « c’est tellement vrai ces tournées à l’ancienne, c’est comme Molière ! » , on ne peut pas se plaindre, ça part d’une bonne intention.

On a tendance à l’oublier, si Molière est parti tourner 10 ans dans les campagnes, s’il a fait son tour de France avec une authenticité qui l’honore, s’il s’est arrêté sur les places, a monté ses tréteaux dans tous les chemins boueux du Royaume, c’est surtout qu’il n’était pas le bienvenu à Paris.

Dès qu’il a senti le vent tourner, il est revenu bien vite à la capitale, il a cherché un protecteur, s’est mis à l’abri du besoin et a brigué l’appui des puissants.

Au reste, on ne peut pas lui en vouloir, il n’a fait ce qu’on fait tous plus ou moins, on essaie de se placer, de pousser ses pions, de se trouver au bon endroit sans que ça ait l’air préparé.

Non, ce qui est plutôt énervant dans l’histoire ; ce n’est pas qu’on ait, Molière ou nous, ses fiers descendants, un appétit de gloire ou de reconnaissance et une envie d’être dans le système plus qu’en dehors, ce qui est énervant, c’est qu’on ait tant de mal à le reconnaitre.

On sollicite, on implore, on supplie, on revendique le droit, on postule… D’ailleurs, les simples courriers s’en font l’écho : au début de chaque demande de subvention, que ce soit à un maire de village ou au ministère, on écrit « J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance… » Personne n’y trouve à redire, c’est pourtant très ancien régime.

Je ne m’exonère pas de ces courbettes et de cette course aux honneurs, je cherche aussi des subsides, la reconnaissance de mes pairs, bref ! Une place au soleil. Ce n’est pas en niant toute vanité ni toute ambition qu’on en est exempt, et je préfère les reconnaître pour pouvoir en contrer les effets pervers, en m’assurant autant que faire se peut, que ni l’ambition ni l’orgueil ne m’invitent à faire des choses dont j’aurai à rougir vraiment.

Au reste, pourquoi cet examen de conscience ? C’est qu’il est est bon, au début d’une année qui en fait d’orgueil et d’ambition va jusqu’au mois de mai nous servir une sacrée soupe, et où chacun des prétendants au trône va nous jurer que jamais grands dieux, il n’a pensé à autre chose qu’au bonheur de la France et de ses concitoyens, il est bon, disais-je, de balayer devant sa porte avant de tirer à boulets rouges sur leurs reniements, leurs stratégies plus ou moins pitoyables, leurs minables abjurations et finalement, la comédie qu’ils nous jouent.

Gilles, à Guingamp, en pleine vague de froid.