Dabord, c'est un chapiteau jaune et blanc, étrange et beau, carré. On n'est pas encore entré, mais il y a ce violoncelliste qui joue, seul, au sommet de la toile, entre les mâts.
Une fois qu'on est entré, la première chose qu'on reçoit, c'est une cacophonie douce. Des instruments qui jouent ou s'accordent. Un trompettiste qui répond à la contrebasse. Des corps qui s'échauffent. Les acteurs qui servent à boire aux spectateurs en se promenant à travers le chapiteau avec des paniers à bouteilles.
Au milieu de la grande piste, les enfants jouent aux cartes ou au Mille Bornes.
Il y a la piste centrale, les 4 pistes périphériques comme des points cardinaux, des tables, des chaises... Au milieu d'une des petites pistes (celle qui fait face à l'entrée principale), la batterie. À la périphérie du chapiteau, il y a des corbeilles, un peu comme dans un théâtre à l'italienne...
D'emblée, dès qu'on a passé le seuil du chapiteau, on sait qu'il faudra choisir sa place, qu'il y a un endroit où on préférerait aller, et si on arrive dans les derniers, on peut regretter de ne pas pouvoir se mettre quelque part en particulier et on se dit qu'on aurait dû partir un peu plus tôt de chez soi.

Choisir sa place... C’est déjà un travail. Il faut se décider à être les coudes posés sur le bord de la grande piste, prêt à recevoir le spectacle de plein fouet, ou plutôt en observateur, exposé ou réservé.
Dès qu’il entre, le spectateur sait qu’il est en action, faiseur lui aussi du spectacle, héros lui aussi, lui aussi porteur du miracle de la représentation.
Ici , les acteurs ne jouent pas devant les gens mais parmi les gens. Ici, chacun peut venir s'asseoir aux tables, parler aux spectateurs, donner des clés, demander “Ça vous plait ?”
5 pistes... C’est l'idée première de la scénographie. Celle qui va “faire” le spectacle.
La piste centrale est dédiée à l'héroïsme, les pistes périphériques plus petites sont réservées au secret. Les acteurs peuvent dire à un cercle minuscule ce qu'ils n’auraient pas dit à tous.
On balance entre l'épopée et l'intime, et les gens qui sont venus deviennent des témoins, des voyeurs, des camarades, des juges, des frères...
Et les spectateurs, peuvent jouir vraiment de la représentation, parce qu’ils éprouvent ce sentiment d'être les dépositaires de quelque chose qui n'a été donné qu'à eux seuls.