CIRQUE ET PAROLE

Il n'y a pas longtemps, un homme très influent dans le monde du cirque contemporain m'a dit d'une façon qui n'admettait pas de réplique : “Au cirque, la parole est une ineptie, ça ne marche jamais, ça ne peut pas marcher !”


Je le prends au mot. Je relève le défi de son affirmation péremptoire.


Je crois au contraire que le cirque se marie très bien avec les mots. Que le corps tendu de l'acrobate est un écrin à sa parole.


Marier, non pas le théâtre, mais la parole aux métaphores physiques, les nourrir les unes des autres.


Là encore, mon travail avec des élèves m'a fait souvent travailler sur ce mariage délicat.


Et je me suis aperçu lorsque le corps de l’artiste se tordait sous l’effet de l'exploit et du risque, sa parole résonnait plus fort au moment de son éclosion. Comme s'il ne pouvait pas mentir au bord du vide.
Fournaise
En plus (c'est pour ça que je distingue bien cette parole de la parole théâtrale), avec les circassiens, les chanteurs, les musiciens, il n'y a pas, au contraire des comédiens, de composition possible, c'est eux qui parlent et on ne peut les soupçonner d'aucun artifice.


Ainsi, dans le creux d'entre leurs prestations, douze artistes racontent douze destins.


Que chaque numéro soit une métaphore. Chaque parole, un témoignage. Et finalement, chaque arrivée au milieu de la piste, un miracle.


(Je dis “miracle”, comme Kusturica dit “La vie est un miracle”, parce qu'il y a dans la naissance d'un spectacle beaucoup de l'héroïsme patient et humble des sage-femmes)





Gilles Cailleau, 3 octobre 2006.