DSC_1121.jpg

Il ou elle parle de l’adolescence qui fut la mienne. Avec ses joies et ses trous noirs que j’ai moi même creusé pour mieux enfouir ce qui ne devait jamais se dire. 

Un silence de 14 années. 

Tout ça se trouve dans ma boite de pandore, tombée dans mes propres mains aujourd’hui.

« La nuit arctique, la longue nuit de 75 jours qui plonge les indiens dans le noir et l’alcool. Celle qui faisait qu’il n’y a pas si longtemps, on mesurait le froid en nombre de chiens qu’il fallait autour de soi pour survivre. »

 

Gilles et Marion – journal de création

«Mon travail avec toi consistera à terme à trouver la bonne façon de relier ton histoire au monde, sans la dénaturer ni faire de détours qui ne serviraient qu’à rendre tout ça supportable. 

Notre travail est sans doute d’arriver à peindre Guernica, tes dessins parfois en sont, les tiens, tes récits de bombardements.»

 

« Dire au cirque, c’est déjà juste, arriver à dire ».

 

« Au début, on a tourné autour du pot. 3 jours de recherche, 3 jours de rencontre qui ne se passent pas si mal, mais on s’ennuie un peu, sans trop savoir pourquoi et je me rends compte en écrivant cela que là encore, je commence à tourner autour du pot. Ce n’est pas bien. il faut dire la vérité : 

 

C’est une jeune fille qui a 13 ans, un homme met la main sous son t-shirt, sur ses seins, sur sa bouche pour ne pas qu’elle crie (il n’aurait pas besoin, elle ne crierait pas ou plutôt, elle est en train de crier mais aucun son ne sort de sa bouche), il lui dit des mots jolis et des mots laids. Ça dure longtemps (plusieurs années). Un jour il met son sexe dans son sexe. Aucun sexe n’était entré dans le sexe de cette jeune fille. Elle ne crie toujours pas. C’est comme si on lui avait coupé la langue, elle a la bouche pleine de cris mais rien ne sort. 

 

Des histoires de femmes violées, il y en a plein le théâtre, combien dans Shakespeare, combien dans Molière même s’ils sont maquillés en mariage mais là, une femme se tient devant nous et décide de ne plus faire un détour par les contes. Elle vient avec ses jambes et ses bras et ses yeux et sa voix et elle a bien l’intention de s’en servir pour raconter son histoire. C’est un grand courage. Mais le courage ne lui suffit pas, elle veut en faire plus qu’un simple récit. Elle a l’élégance tragique d’en faire un spectacle et qui plus est, un spectacle de cirque, là où le corps est en vie, là où le silence est la condition du poème, là où la parole est toujours à l’endroit de la vérité, là où il y a encore une place à la beauté et au mystère. 

Des gens parleront de rédemption, de réparation, de catharsis… je n’en sais rien je ne veux même pas le savoir. La seule chose que je peux dire : c’est un spectacle impératif. Peu de projets donnent un tel appétit d’humanité. 

 

Gilles Cailleau, le 13 février 2020 sur les bords de l’étang de Berre.

 Attention ! Il ne faut pas croire que c’est cette histoire qui fait de Marion une fille ou une artiste formidable. Non. Si cet homme n’était pas venu dans sa vie, s’ils n’avait pas posé ses mains sur elle, Marion serait sans doute plus riche, plus pleine. Elle aurait autant de choses à offrir, plus de choses à offrir. Ce qui lui est arrivé ne lui donne aucune légitimité qu’elle n’aurait pas eue sans cela, aucune force. Cette épreuve ne la grandit pas. 

Elle arrive, diminuée de ce malheur, amputée et ce n’est pas grâce à lui qu’elle se tient devant nous et raconte ce qu’elle arrive à être, c’est malgré tout.

Je vois qu’elle espère en parlant de sa propre souffrance faire avancer la prise de conscience d’autres gens, des jeunes filles, des prédateurs en puissance, des parents… Comme si son histoire était une histoire universelle pouvant faire œuvre.