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CRÉATION 2023

 

La tristesse colore mes pensées

et s’installe légèrement au-dessus de ma poitrine,

le désir d’une chaleur perdue depuis longtemps

m’enveloppe dans les petites heures où je suis seule.

Je me souviens bien, je me rappelle,

quand nous étions amis, nous avons beaucoup ri ensemble,

parfois sans dire un seul mot.

Un rire roulant et incontrôlable.

Des petits souvenirs tournent dans ma tête en repeat.

Et il y a un souvenir, dans nous sommes dans la mer,

nageant loin vers le coucher de soleil,

Une grosse vague arrive et nous lave,

il lave également le souvenir,

ne laisse qu’une bande floue, une ligne vide.

Lulu Koren novembre 2020 

J’ai fait la connaissance de Lulu Koren en 2013, à l’Esacto-Lido, pendant un stage que j’animais et qui s’appelait “cirque et cabane”. Elle avait à ce moment-là le cœur et le corps si farouche, une telle incapacité à s’éloigner ne serait-ce que de quelques millimètres de ce qu’elle pensait juste, que travailler avec elle a déplacé mon centre de gravité (ni plus ni moins qu’un séisme peut déplacer l’axe de rotation de la Terre). 

Puis nous nous sommes perdu de vue jusqu’en 2016, où j’ai réécrit pour elle Tania’s Paradise, mariant l’intimité du propos initial à sa propre vérité, c’est devenu Lulu’s Paradise. En 3 ans, elle avait été rattrapée par sa propre douceur, sans avoir rien perdu de sa fougue, de sa folie. 

Il y a un an, et alors qu’elle était devenue la complice indispensable du projet artistique d’Attention Fragile, elle m’a apporté Re_Te_Nue. Ce n’était pas encore un dossier, c’était un poème liminaire, et l’idée générale du projet : pourquoi s’attache-t-on ? Pourquoi ce consentement inattendu n’est pas l’aveu d’une soumission, mais l’exploration de notre relation à notre propre liberté et à ses confins ? 

Je venais de passer 3 années en compagnie de Carmen et je voyais combien ce sujet était inépuisable. L’aborder par le prisme du corps, du jeu élastique et plastique de la résistance et de la souplesse, c’est mettre en jeu la liberté viscérale, animale qui nous prend à chaque fois qu’on nous dit ne bouge pas, reste tranquille. 

Et puis, le shibari, avant qu’il ne se double de sa charge érotique (d’ailleurs, ce seul déplacement du statut d’art de la guerre à pratique amoureuse vaut à soi seul une exploration) et globalement cette question du consentement à la douleur ou à la contrainte comme promesse de beauté et de plaisir porte une contradiction qui est un des moteurs les plus organiques et inépuisables du cirque. C’est la phrase énigmatique de René Char “le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.” Char entend amour au sens où l’entendaient les Grecs : une résolution de l’opposition entre attirance et résistance. Le cirque transcende la même éternelle opposition.

Re_te_nue, en travaillant avec des cordes, des fils, des corps, des âmes, va toucher à nos bords et au nous profond. Il va côtoyer les mythes (Ariane, Laocon, Méduse), les limites, la prise de risque, les origines diverses et confuses du plaisir, la ligne de partage intime qui sépare les bassins versants de notre désir de liberté et de notre assentiment aux contraintes. 

J’ai donc tout de suite accueilli Re_te_nue comme la prochaine création de la compagnie, il prend naturellement place dans les thématiques qui habitent ordinairement mon travail et permet à Lulu d’être au cœur du projet d’Attention Fragile. 

Travaillant maintenant comme directeur du Séchoir à la Réunion, ma façon de l’accompagner prendra une forme précise, non pas de metteur en scène, mais de co-auteur, garant de la cohérence de la création et de regard à la mise en scène tout a long des étapes de la création, mais cette place moins centrale est pour moi la juste place, ayant toujours donné dans les créations de la compagnie une part centrale et décisive aux artistes avec qui je travaillais. 

Gilles Cailleau, Saint-Leu de la Réunion, 28 mars 2021

 

Dans RE-TE-NUE, je parle du changement.
Le changement profond, à la racine.
Interroger l’humain, tenter de le comprendre, trouver les ponts entre l’humanité et l’animalité, comment gérer notre partie sauvage, l’accepter et s’y perdre.
RE_TE_NUE est un terrain de jeu, une pièce pour trois femmes, issues du cirque et du théâtre, une projectionniste et un musicien.
Sur ce terrain de jeu d’aspect cubique, il y aura aussi de la projection vidéo.
Cette proposition sera à mi-chemin entre la performance et le spectacle, mêlant ces arts transversaux, sans oublier le cirque, comme prétexte , comme matière à raconter. attacher et être attachée : le shibari comme source d’inspiration

La proposition scénique de RE_TE_NUE intègrera, entre autres, la manipulation de cordes inspirée de l’art Shibari. Cet art punitif né au Japon au XVIème siècle, pratiqué par les samouraïs, constituait à immobiliser et humilier les prisonniers à l’aide de cordes.

Equipe :

Gilles Cailleau - Co-auteur, regard  intérieur, direction artistique.

Lulu Koren- performeuse, Co-autrice, direction artistique.

Alexandra Malfi, performeuse

Danielle Belchman, performeuse

Jérémie Chevalier, technique, conception décor

Marianna Melis, projection d’images.

Paco Serrano Pozo, Création musicale.

Pascale Baudin, Administration.

CONTACT PRODUCTION

Anne-Laurence Loubigniac

+33 6 41 97 15 89

dif@attentionfragile.net