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EditO : Déserteurs

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Sale temps pour les déserteurs.

Il fait bon être un résistant en ce moment. On résiste en buvant un café en terrasse, en allant écouter de la musique et depuis hier, en arborant une kippa… On est là, on pavoise, on défile, on voile sa photo de profil d’un drapeau tricolore… On a peur alors on se serre, on est perdu alors on se tient chaud.

Ceux qui hésitent, ceux qui renâclent, ceux qui doutent n’ont pas la cote, d’ailleurs, ils se font discrets. L’heure est à l’union sacrée.

Quant à moi en ce moment, je marche 26 minutes par jour dans Paris le matin pour aller répéter, et je me suis surpris sur mon chemin à fredonner Le déserteur…

Monsieur le Président, je vous fais une lettre…


Déserteur est un mot singulier : son sens est univoque — déserter, tout le monde sait ce que cela veut dire — mais sa charge affective est totalement manichéenne.

Déserter, pour les uns c’est être lâche, pour les autre c’est être insoumis. Pas de réconciliation possible entre les deux partis.

Et bien je le confesse, j’ai deux amis déserteurs. Enfin, puisque je pinaille sur les mots, soyons juste : Xavier est mon ami, Anne-Lise pourrait l’être si nous refaisions le monde un peu plus souvent devant un verre de Brouilly.

Xavier, après avoir passé trente ans à diriger des théâtres, à en construire de toute pièces, a décidé de passer son diplôme de capitaine au long cours.

Quant à Anne-Lise, elle vient de passer de la culture à l’agriculture. Je ne sais pas quand ça lui a pris, peut-être au milieu d’une réunion de programmateurs internationaux qui parlait de cirque comme on parle d’indice national du coût de la construction. Elle a pris ses cliques et ses claques et la voilà formatrice dans un lycée agricole.

Un homme à la mer, un retour à la terre, un surf and turf, comme on dit dans le milieu de la gastronomie.

Autour d’eux, beaucoup sont incrédules. Comment peut-on quitter l’univers merveilleux du spectacle vivant ? Moi je leur tire mon chapeau.

Je leur tire mon chapeau et je m’interroge. Anne-Lise et Xavier qui ont tellement donné au métier, tellement cru en la valeur de la culture artistique, Anne-Lise et Xavier, deux personnes à la fois humbles et lucides, se détournent de ce qui faisait leur vie pour chercher du sens dans un autre endroit… Qu’est-ce qui sonne creux ? À quoi m’engage leur désertion ? À quelle vigilance, à quelle fidélité à mes promesses ?

Anne-Lise et Xavier sont mes lanceurs d’alerte à moi.

Au reste, pour qu’on ne me taxe pas d’auto-flagellation, je connais des désertions inverses. Frédéric, le premier affichiste de la troupe, était meunier avant d’être peintre. Avant d’être décorateur, Christophe était vigneron et Éric avant d’être régisseur était Compagnon du Tour de France.

Mais pour aujourd’hui, même si leur départ me rend triste et un brin songeur, à Anne-Lise je souhaite de belles récoltes, à Xavier je dis Bon vent !


Gilles le 14 janvier, dans un bar de la rue de Tolbiac.






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