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EditO : Les origines du désastre, 2

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Pendant quelques éditos, Gilles s’interroge sur ce qui fait que rien ne va. Deuxième épisode : Alors il la tue.

Depuis mon édito de juin, je m’étais promis de revenir sur les origines du désastre. Je pensais devoir y passer un an. Un an d’éditos à remonter les sources qui expliquent ce présent sauvage. J’explorais des pistes. Je cherchais l’inconnue de la phrase entendue au comptoir : « le […], tous nos problèmes viennent de là. ». L’inconnue et non les innombrables boucs émissaires. Quelle est la vraie raison ? Et n’étais-je pas moi-même en train de chercher un bouc émissaire à ma tristesse ?

Mais que je remonte les pistes déjà connues du capitalisme, du pouvoir, de la propriété privée (merci Rousseau), des asservissements multiples, volontaires ou aveuglés, celles des mensonges, des intérêts particuliers, des conflits de territoires, des compétitions, j’y trouvais toujours au bout un seul principe simple : le masculin. Le masculin, je ne dis pas les hommes, même si les hommes sont plus enclins à en faire usage.

D’ailleurs, cette simple phrase – les hommes sont généralement plus masculins que les autres êtres vivants – dit déjà beaucoup de ce que j’essaie de penser aujourd’hui.

Le masculin donc, que je définirai comme le principe selon lequel je fais quelque chose, quoi que soit, pour la seule raison que j’en suis capable.
À toutes les questions interloquées, indignées ou amusées qu’on pose à l’exercice de cette volonté de puissance, la même réponse : Parce que j’en suis capable.

Pourquoi tu coupes ces arbres ? Pourquoi tu m’as frappé.e ? Pourquoi tu as pris toute la place dans le pays ? pourquoi tu as mangé tout le chocolat ? pourquoi tu roules si vite ? pourquoi tu jettes ça par terre ? pourquoi tu veux détruire Carthage ? – Parce que j’en suis capable.

Que cette capacité soit directe, indirecte (c’est à cela que servent l’argent, les armes, les outils), comparative (j’en suis capable à ton égard parce que tu ne l’es pas au mien), superlative (j’en suis plus capable que tout le monde), tout y revient tout le temps.

Ce qu’on fait sur notre bonne vieille planète les uns et les autres, quelle qu’en soit l’échelle, pour la seule raison qu’on en est capable et qu’on a envie de le faire savoir est la véritable origine du désastre.

Domestiquer en nous, humains de tous genres et mêmes agenrés, cette volonté d’affirmer de la puissance est l’enjeu d’aujourd’hui. Il contiendra à la fois les conflits pathétiques qui nous agitent et la température des océans.

Et pour ceux qui m’objecteraient, surpris ou énervés, que je vais vite en besogne en assimilant ce travers au masculin, qu’ils me pardonnent. Je l'avoue, je vois plus d’hommes que de femmes à l’origine de nos ennuis. Après tout ce soir, c’est la première représentation publique de Carmen, autour de laquelle je tourne depuis 3 ans et Carmen raconte une histoire toute simple : un homme aime une femme qui ne l’aime plus, alors il la tue.

Gilles sur son bureau dans la Gare Franche, au Zef, entre le Plan d’Aou et Saint-Antoine, au nord de Marseille, quelque part en France, sur la terre, etc. (ça dézoome sévère…), le 11 octobre 2019 - 6:07 am




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