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Pendant quelques éditos, Gilles s’interroge sur ce qui fait que rien ne va. Premier épisode : je doute, donc je suis.

Je lis pour oublier le bruit.

Souvent loin de chez moi (d’ailleurs je ne sais pas si j’ai vraiment un chez moi), en tournée et de préférence dans les bars, les lieux où je le lis le mieux, entouré du bruit des conversations. Conversations plutôt tranquilles le matin vers 7 heures, à ma première fournée de pages devant un café crème, conversations pleines d’éclats vers 18 heures, à ma fournée du soir après la journée, devant un demi ou un verre de Chardonnay. Le bruit m’oblige à la concentration.

Je suis toujours abasourdi, ré-étonné à chaque fois de n’entendre dans ces conversations que des affirmations. Pêle-mêle par exemple aujourd’hui, entendu au comptoir en 2 minutes chrono : 1) le rockabilly sera à jamais indémodable, 2) depuis l’€ tout a périclité et la crise n’est qu’une bonne excuse 3) Camille (une jeune fille qui n’est pas là) finira mal et elle l’a bien cherché.

Et toutes ces assertions commencent par le même tonitruant – Je vais te dire, je vais t’expliquer.

Pas un doute ne s’exprime, tout le monde y est sûr de tout.

Nous n’avons nulle part appris à douter. Au contraire, toute notre construction mentale repose sur le fait qu’il faille faire reculer le doute, auquel on oppose le savoir. C’est à peine si en terminale quelques heures de philosophie nous révèlent l’existence et la nécessité du doute. Nous en révèlent l’existence mais ne nous apprennent pas à l’exercer.

Cette opposition stérile – plus je sais et moins je doute, le fait qu’on oppose le doute à la connaissance alors qu’ils sont partenaires nous cache une vérité : le doute est une connaissance.

N’allez pas voir ici des pulsions conspirationnistes. Le conspirationnisme ne nait pas du doute, mais des certitudes. Je suis certain qu’on me ment. Parce que douter des autres n’est pas de la même nature que douter de ses propres certitudes.

Dans les débats et les polémiques qui envahissent les écrans et les écrits, jamais un doute ne s’exprime. On y entend – vous avez tort – vous mentez, jamais – et si j’avais tort ? – et si je me mentais à moi-même ? C’est une illusion répandue que l’ouverture d’esprit est la faculté de s’ouvrir aux propositions d’autrui. En réalité, cette faculté d’écoute n’est que la conséquence heureuse d’un autre apprentissage, celui de s’opposer à soi-même.

Nul n’est prêt à s’engager dans un dialogue s’il n’a appris au préalable à jeter lui-même quelques graviers dans la mécaniques de ses certitudes.

Douter s’apprend comme toute autre pratique. On s’y fait mal au début, on s’y fait peur. On y éprouve quelques vertiges. On y trébuche et on s’y fatigue aussi, comme au commencement la trompette fatigue les lèvres. À le choisir en option lourde, on s’attire des quolibets et pour cause, c’est un apparent aveu de faiblesse. Mais une fois accoutumé à sa gymnastique, c’est un merveilleux compagnon, le seul qui aide durablement à dompter son inquiétude.

Il serait temps que le doute soit enseigné comme une matière à part entière.

Gilles, dans un train vers Auch, le 18 mai.


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