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EditO : Un matin sur une île déserte

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Je suis allé à pied jusqu’à l’aéroport ce matin. Il y avait un peu de houle le long du chemin et les vagues indécises finissaient par s’écraser sur les galets noirs du rivage qui va du Barachois à Gillot. La quatre-voies était déserte, les carrefours occupés par manifestants et je me disais que vu d’en-haut, avec tous ces gilets jaunes aux ronds-points, ce bout de Réunion devait avoir l’air d’une carte routière soulignée au Stabilo™. J’écoutais ‘Girl from North Country’ dans la version de février 69 où Bob Dylan et Johnny Cash l’interprètent en duo. J’avais mis la chanson en boucle comme à chaque fois que j’ai envie de ne penser à rien, ce qui revient à penser à plein de choses.

À six heures du matin le soleil est encore bas et je marchais plein est. Je gagnais un peu de vie en allant vers le levant, et un songe de petit garçon m’est revenu où je me demandais si en commençant comme Phileas Fogg un tour du monde vers l'est, mais moi à 1667 km/heure (et donc en bouclant les 40 000 km en 24 heures), j’arriverai 24 heures plus tard au moment même où j’étais parti, sans toutefois omettre de vieillir.

On le voit, c’était un matin plutôt paisible au milieu de l’Océan indien.

J’étais donc plein de pensées dont je m’apercevais que certaines d’entre elles m’habitaient depuis longtemps, sans être profondes pour deux sous. Étrange, quand on y pense, de ne pas pouvoir se débarrasser d’une idée simple. Bizarre que des évidences puissent rester mystérieuses.

Et j’ai compris qu’il s’agissait justement d’une des forces fondamentales du théâtre, de nous inviter à des pensées qui n’ont rien de profondes, mais tout d’inépuisable.

Inépuisable et profond, on confond souvent ces deux qualités. Un puits peut être profond et vide, inépuisable et peu profond. Il en va de même je crois, pour les pensées. Un souvenir m’est revenu sur le chemin de l’aéroport : la phrase de Socrate : Deviens ce que tu es. Lorsque Pierre-Antoine Marie, mon prof de philo en khâgne, nous parlait du paradoxe de cette injonction, je le prenais de haut. La phrase me semblait simpliste et sans profondeur. Certes elle est d’emblée compréhensible et peut parler à n’importe qui. Il n’empêche, on y revient. On s’y abreuve comme une source, on s’y retrouve quand on se perd. C’est l’exemple même d’une pensée pas forcément profonde, mais définitivement inépuisable.

C’est une des caractéristiques du théâtre. Une catégorie particulière de pensée. On en comprend l’histoire, on a conscience de l’arrière-monde que porte chacune des histoires qu’il raconte, mais on n’arrive pas à s’en débarrasser. Le théâtre ne nous apprend rien à proprement parler, mais exerce en nous son mystère perpétuel.

C’est en réfléchissant à tout ça que je suis venu à bout de ma petite trotte, l’aéroport attendait de pied ferme la ministre des Outre-mer, un hélicoptère surveillait les voyageurs fatigués et presque tous assis dans les plates-bandes, ce qui donnait à l’endroit un air de lendemain de fête, en croisant 3 autres gilets jaune, sans craindre de redescendre à des pensées plus triviales, je me suis dit qu’en fait de gilets jaunes, ils étaient plutôt vert fluo, j’ai passé sans encombre le détecteur de métaux, regretté d’avoir ramené 2 tubes de dentifrice, (apparemment un de trop pour la femme sévère chargée de la sécurité) et je suis monté dans l’avion d’où j’écris ces pensées qui n’ont que quelques heures mais qui, nouveau mystère, sont presque déjà des souvenirs.

L’île de la Réunion, décidément, invite aux voyages intérieur.

Gilles, le 28 novembre, quelque part au-dessus de l’Afrique.


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