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  • Gilles Cailleau

Les droits sacrés

Tout le monde a le droit de faire du théâtre ou du cirque s'il en a envie, d'ailleurs tout le monde en a fait. Souvent c'est avant 7 ans, dans les cours de récréation, que ça se passe, on se déguise (ou pas), et à 2 ou 3 ou plus, ou seul, on joue qu'on est un autre. Ou alors on se met sur les mains, à 4 pattes, on fait le pont.

Et puis, un jour, on se regarde et on se trouve un peu idiot d'avoir dit : « On dirait qu'on serait... », ou on se trouve un peu bête la tête en bas, alors on arrête, et puis un peu plus tard, on apprend à l'école que le théâtre, c'est surtout de la littérature, alors si on a peur des livres, on se dit que le théâtre, c'est compliqué, et si on préférait marcher sur les mains, quelqu'un nous dit au mieux - « tu devrais faire du sport », et au pire : - « Arrête de bouger, tu me donnes le tournis. »

Mais le théâtre ou le cirque, tout le monde peut en faire s'il a envie de raconter des histoires, qu'elles soient tristes ou gaies.

N'importe qui ayant envie de raconter quelque chose de lui ou du monde doit se souvenir qu'il en a et le droit et les moyens.

Le droit, parce que le droit au spectacle est aussi universel que le droit de chanter ou de jouer ou de boire ou de manger, les moyens parce qu'on fait peut faire du théâtre ou du cirque avec ou sans parler, avec son corps habile ou maladroit, avec tout ce qu'on sait faire ou ce qu'on ne sait pas très bien faire, avec ses qualités, avec son ou ses handicaps, on peut en faire avec un instrument de musique, avec les doigts, avec les pieds, avec sa tête ou avec tout son corps, avec des oripeaux ou des bouts de ficelles...

Et il y a autre chose, on a le droit aussi de commencer tard. De se décider à n'importe quel moment de sa vie. C'est exactement comme pour la musique, on a le droit de commencer le violon ou le piano ou la guitare électrique à 30 ou à 40 ans.

Et mieux encore, on a le droit de faire des fausses notes. C'est à ceux qui disent - « Tu nous casses les oreilles » de faire preuve de patience et de bienveillance. Et on a le droit de ne pas les écouter, ou de leur répondre la phrase suivante : - « Tu ne peux pas avoir envie d'un monde musical sans accepter qu'au début il fasse quelques couacs. » C'est une très bonne réponse, et il faut aussi se la faire à soi-même les jours où on trouve qu'on joue ou qu'on chante faux.

Encore une chose, on a le droit de déborder quand on colorie, de dessiner des jambes trop longues (ou un cou, le Caravage l'a bien fait), de faire des figurines de cire si on ne sait pas sculpter le bois, de ne pas respecter les perspectives... et cela jusqu'à la fin de son existence, ce n'est pas un droit réservé aux enfants. Parce que ça ne sert à rien l'éveil artistique à l'école si tout s'arrête quand on devient grand.

Et tout ceci n'est pas un renoncement à l'exigence, l'exigence commence au contraire par là, par l'exercice de ces droits sacrés.

Gilles à Auch, dans le quartier du Garros, au premier jour de l'hiver.

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