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  • Gilles Cailleau

Costa Brava

Je n’ai pas envie de parler des mensonges d’état, des turpitudes, de mon pays ridiculisé, des immigrés bafoués, stigmatisés, utilisés par des politiques en perdition, je n’ai pas envie non plus de parler d’un homme d’extrême droite qu’on adoube ministre de l’Éducation nationale en Pologne, ou de tout un peuple désirant la bombe atomique pour n’être pas « en deçà »,

Je n’ai envie de parler ni d’Irak, ni de perches du Nil, ni de banlieues sacrifiées, ni d’enfants morts par pulsion d’adultes…

Je ne sais pas si j’ai envie aujourd’hui de penser au monde et à ses aveuglements, à ses obstinations de brute, à son insouciance d’avant apocalypse…

Aujourd’hui, je veux juste me rappeler du vieux monsieur qui est venu me voir jouer à Istres.

Il n’était jamais venu au théâtre, mais il habitait à côté. Il venait de Valenciennes, il avait travaillé dans les mines et ailleurs, et il avait le choix pour passer sa retraite, entre Istres et la Costa Brava. Il avait choisi Istres et regrettait déjà, et on le comprenait.

Il nous a dit : – « Je ne suis pas très cultivé, j’ai le droit de venir, vous croyez ? »

Pas très cultivé ! J’ai pensé aux terrils, aux corons, au Nord… Encore un à qui on a fait croire qu’il n’était pas grand-chose.

On lui a dit « Venez ! », évidemment.

« Je ne suis pas très cultivé. », il me l’a répété pendant le spectacle, alors qu’Antoine Garamond lui posait une question.

Décidément, la culture est bien confisquée… Propriété privée, chasse gardée…

Mais j’avais dit qu’aujourd’hui je n’y penserais pas, que je me rappellerais juste du vieux monsieur qui est venu me voir jouer à Istres, qui regrettait les ciels et les gens du nord et qui rêvait de Costa Brava…

Gilles, à Irigny, le 14 mai.

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