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  • Gilles Cailleau

SENATVS POPVLVSQVE

Il m’arrive assez rarement de témoigner mon affection aux sénateurs de l’UMP, mais si je veux rendre un vibrant hommage à monsieur Raffarin et à 23 de ses collègues, c’est qu’en annonçant qu’ils ne voteraient pas en l’état la loi sur la taxe professionnelle, ils retardent sans s’en douter (et peut-être juste de quelques semaines, mais c’est ça de pris) ma prochaine disparition.

Je n’ai pas pour habitude de crier au loup dès que le vent fait du bruit dans les feuilles, et puis, j’ai une première dans huit jours et je ferais mieux de m’en occuper, et puis Lévi-Strauss est mort comme s’il ne voulait pas voir le monde qui vient et lui oppose son aveuglement, alors je ferais mieux d’avoir un peu de chagrin, mais permettez moi de vous le dire, ce qui nous pend au nez est cataclysmique.

Petite démonstration :

1er projet, la réforme territoriale. Elle ôte aux conseils généraux et aux conseils régionaux leur « compétence optionnelle », comprenez, le département et les régions n’auront plus le droit de soutenir ce qui ne fait pas partie de leurs obligations. Et qu’est-ce qui ne fait partie de leurs obligations, je vous le donne en cent : la culture. Résultat, plus de subventions possibles de la part des régions ni des départements.

1ère conclusion : les compagnies de théâtre comme nous ne peuvent plus demander qu’à l’État (au ministère de la Culture) ou aux communes…

L’État… il veut restreindre ses dépenses, je vous laisse imaginer le cas qu’il va faire de nous. Restent les communes…

2ème projet, la taxe professionnelle disparait. Les communes perdent une bonne partie de leurs ressources. Que vont-elles décider de financer moins ? Les écoles ? Les rues ? Les espaces verts ? Je vous le donne en mille : elles sont bien parties pour resserrer les budgets culturels.

Deuxième conclusion, plus de subventions non plus de la part de communes.

Soulevons une objection : les compagnies de théâtre (ou de danse ou de cirque ou, ou, ou…) n’ont pas à vivre sous perfusion d’argent public, elles n’ont qu’à vendre leurs spectacles.

Oui, mais justement, les acheteurs de spectacles sont, par l’intermédiaire de leurs lieux culturels, les communes, qui, comme il est écrit ci-dessus, sont appauvries par la disparition de la taxe en question. Plus d’argent, plus de saison culturelle, ou si peu…

Résumons-nous : une disparition d’à peu près 80 % des subventions à une compagnie comme la nôtre, une raréfaction des ventes de spectacles, si j’ajoute pour faire mesquin, une taxe carbone sur nos deux vieux camions et quelques autres broutilles… si ces projets de réforme sont adoptés, Attention Fragile aura le choix entre :

1° « changer d’orientation structurelle » comme on dit pudiquement, à savoir-faire des spectacles rentables. Créer un « Tour complet du cœur 2 » parce qu’on sait qu’il a des chances de se vendre, faire de chacun de nos spectacles une version « en salle », renoncer évidemment à des spectacles où 20 personnes jouent devant 300, ou 1 devant 60, et de revenir à la raison : 4 ou 5 artistes devant 600 personnes, accepter de renoncer à inventer et finalement, soumis aux seuls impératifs de vente de nos productions, faire petit à petit rentrer dans le rang nos spectacles, les mettre au format.

2° Penser que ce 1° ci-dessus est ce qui peut nous arriver de pire, ne pas s’y résoudre et disparaître.

Pour avoir déjà, en un autre temps, décidé de tout arrêter parce que j’en avais perdu la raison d’être, je sais de quel côté je pencherai.

CQFD.

Gilles, entre deux répétitions aux Pennes-Mirabeau

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